Notre marrakech 45-70

27 mai 2014

Le retour de CLAUDINE ...

Bonjour Mimi. 

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Mai 2014, nous rentrons de la ville rose .

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Voici comment commence le récit du séjour marrakchi de notre amie CLAUDINE.
Nous sommes donc partis 6 copains sur les traces de nos souvenirs et de notre adolescence.
Nous avons eu très chaud :4 jours de canicule où le thermomètre a osé franchir les 50°  ... nous quittions nos 16° français , DUR DUR!
Histoire de se requinquer au frais, nous sommes partis 1 journée à Essaouira (32° seulement ... on claquait des dents pour un peu ! ! !). 
Rien de bien nouveau pour les anciens que nous sommes , du déjà vu pour beaucoup, mais cela fait du bien à nos âmes meurtries de revoir encore et encore et de respirer le "parfum" de là-bas.

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Le 1er jour nous sommes partis un peu vite sur les chapeaux de roues ( la boulimie du pays !) à pieds à travers la ville plein de courage et un peu fous : Djemaa el fna  , le Guéliz , le lycée Victor Hugo , retrouvé la piscine du cercle officiers du Guéliz , puis le 1er lycée Mangin dans l'hivernage.
 
Recherche rue Mohamed VI, d'un petit truc sympa pour boire un coup et se restaurer ... Puis retour à pieds vers la place Djemaa el fna.
Le thermomètre monté à 45° ( je vous rappelle que nous avions quitté la veille un 16° français !) a eu raison de notre folie, nous ne pouvions plus avancer, pas de chapeau pour les filles, ( ce à quoi nous avons très vite remédié ) des vertiges, un peu nauséeuses,... pas un taxi en vue (tout le monde devait faire la sieste !!).

Enfin nos "hommes" ont réussi à trouver deux petits taxis salvateurs qui nous ont ramené sain et sauf dans la Médina où nous avions trouvé un petit Riad , maison d'hôtes , simple et sympa répondant à notre envie "d'intimité" entre ados d'autrefois !

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Une bonne douche froide pour nous "refroidir" et position horizontale pour se reposer un peu.
 Claudine nous donne les coordonnées de ce havre de paix, au cas où
Notre petit Riad maison d'hôtes : Riad des ours
                                           Derb Ezzamouri
                                          87 Quenter Riad de Laarosse
                                          Marrakech
Tel: 00.212.5.24.38.61.55
Notre hôtesse tel : 00.212.6.76.69.75.92  
Elle se nomme Sahar, elle  est adorable , serviable , nous étions aux petits oignons , elle cuisine à la demande et ce qui vous fait plaisir , selon notre envie du moment.

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Il n'y a que 5 chambres et nous avons pratiquement été toujours seuls.
La patronne qui est tourangelle ( comme nous ) est venue y passer quelques jours  avec une amie. 
 
Pour prime nous avons gagné pleins d'ampoules, ce qui m'a valu pansements et socquettes ( pas trop sexy !) durant tout le séjour, les pansements se décollant avec la chaleur. 
 
Les autres jours nous fûmes plus raisonnables , rentrant au frais à 14h pour ne ressortir que vers 17h jusqu'à minuit.
 
Je vais te distiller des photos petit à petit, tu choisiras ce qui te semble sympa pour les habitués du blog.
Comme il aurait été difficile de faire un choix et que je m'en serais voulu de ne pas partager avec vous, je vais TOUTES vous les éditer.....
Maintenant voici les photos.. 

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Les gazelles: Anne , Babeth et Claudine à l'assaut de la ville... c'est le matin , elles seront moins "fraiches à 16h !)
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L'ancien lycée Mangin (qui déménagera au Guéliz et deviendra récemment le lycée Victor Hugo)
 
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Assis sur les marches, les 3 anciens potaches... Claudine , Roland, et Anne  prêts à redoubler !
 

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Au Guéliz les eucalyptus crevés sont recyclés en œuvres artistiques.
 

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Une petite cigogne...qui amène le printemps , mais celle ci reste à l'année parait-il. 
Je n'ai pas de jardin alors je t'envoi mon jardin"de cœur".

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Enfin et pour finir j'aimerai que tu mettes cette peinture de femmes que j'aime beaucoup , merci.

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Merci, c'est nous qui te le disons, CLAUDINE. Merci de nous avoir fait partager un peu de ton séjour dans cette ville qui reste dans nos coeurs.
Merci pour les photos et aussi merci pour avoir pensé à nous lorsque tu étais la bas.....
Voila, chers amis, vous savez ce qu'il vous restera à faire lorsque vous aussi, vous irez revoir MARRAKECH, penser à nous et nous ramener d'aussi belles photos et de souvenirs....
Je vous souhaite une bonne semaine. Pour beaucoup d'entre vous avec une meilleure météo que celle de ces derniers jours et je vous envoie encore une fois toutes mes amicales pensées...Votre toujours MICHEL

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11 mai 2014

Décadence sans grandeur...Horreurvision

Dimanche...Il pleut depuis trois jour. En alternance. 10 minutes de pluie, 10 minutes sans pluie...5 minutes de soleil et ça recommence. Ce n'est pas un temps à mettre un chien dehors.

Alors on ne sort pas et on reste assis sur son canapé devant la télé ou sur son fauteuil de bureau devant son clavier....C'est là que je suis actuellement

 Une envie me trotte dans la tête depuis hier soir. J'ai envie de crier que nous sommes des européens  qui vivons "Notre chute de l'Empire romain". Notre civilisation part à vau l'eau. Vous vous demandez certainement pourquoi je tiens ces propos?

En fait, hier soir en fin de soirée, j'ai zappé sur les différents programmes de la télévision et je suis tombé sur la proclamation des résultats du Concours de l'Eurovision. Depuis des années, je ne regarde plus ce programme débile où des "soit disant chanteurs" représentent leur pays. Qu'ai je remarqué.?

Les pays de l'Est se donnent les points entre eux. Ceux qui penchent vers Moscou ont gratifié la Russie des 12 points. Les autres, qui cherchent à se démarquer du Kremlin ont offert les points à l'Ukaine...Géopolitique? Peur de voir le robinet de gaz se fermer? C'était un "Concours de la Chanson". Il y en a quelques uns, de chanteurs qui doivent se retourner dans leur tombe.  

Les pays qui ont donnés des points l'année précédente en reçoivent en retour. (Je ne l'ai pas constaté personnellement mais les présentateurs français le disaient. Et puis un grand nombre de pays ont donné 12 points à un-une chanteur-chanteuse???? en robe et barbu. Avait elle-il chanté bien mieux que les autres? J'ai attendu la fin pour écouter sa chanson...Je n'ai rien trouvé de plus que dans toutes les autres chansons que l'on entend depuis des années à l'Eurovision. Je n'aimerais pas être autrichien ce matin. Quelle pitoyable mascarade! Quelle image donnons nous, pays européens au reste du Monde? L'image d'une civilisation qui tire à sa fin, qui sombre dans le ridicule, qui se roule dans la fange....qui chute comme l'Empire Romain.......

Ensuite....La France.  Samedi, à chaque occasion on nous a rabâché les oreilles avec les "Twin-Twin". Ils devaient au mieux gagner, au moins finir dans les 4 premiers. Une chanson entraînante, que tous les autres pays trouvaient "Formidable" chanté par un trio "super sympa" qui faisait l'unanimité sur son nom....

l'unanimité s'est faite sur le refus de leur donner des points. La France a terminé "Bonne dernière" (Dernière mais Bonne) avec .....Roulement de tambour....2 points.

Deux points, l'aumone. Pourquoi avons nous encore une fois terminé dans les profondeurs du classement? Je pense qu'il y a une explication simple. Nous avons certainement été la seule Nation a chanter dans notre langue..Le français. Tous les autres ont chanté en ....anglais. L' Azerbaidjan, la Moldavie et peut être aussi la Mongolie extérieure ou même comme dans  Tintin, la Syldavie.....Il serait temps d'obliger chacun à chanter dans sa langue natale. Lorsque 35 pays ne comprendrons pas ce que le 36° chante....

Alors pour terminer ma diatribe, j'aimerais qu'on fasse comme en sport. Les équipes classées dernières  n'ont plus le droit de jouer dans leur groupe. Elles descendent d'une ligue et doivent refaire leurs preuves à l'échelon du dessous...Je propose donc que la France, pardon la FRANCE, se retire de cette mascarade  qu'est ce "con court" un peu trop long et économise son argent et surtout son honneur. Arrêtons de participer, abandonnons les à leur misérable spectacle... Le seul avantage que nous retirons de ces dernières places (Depuis l'Enfant et l'oiseau".. en 1977) c'est que nous ne sommes pas obligés d'organiser à coup de millions, ce concourt l'année suivante....Une chance quand on sait que notre gouvernement (gouverner : synonymes: administrer, commander, conduire, diriger,guider orienter, piloter, présider, vouloir......RAYER LES MOTS QUE VOUS JUGEREZ INUTILES) cherche actuellement 50 milliards à économiser....

Voila, chers amis lecteurs et blogeurs. Vous ne serez peut être pas tous de mon avis. Je le conçois et je l'accepte. C'est la démocratie dans le pays des droits de l'Homme. Pays dont Joachim DU BELLAY disait qu'il était celui DES ARTS, DES ARMES ET DES LOIS.

Ouf, je me sens mieux, bonne fin de dimanche, bonne semaine pour les actifs et bonnes siestes pour mes amis retraités....Votre toujours MICHEL

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07 mai 2014

Reportage et MAN ANA 17

Bonjour chers amis lecteurs du blog des Marrakchamis.....
Demain, jour de congé pour les actifs. Bien sur en Allemagne c'est un jour comme les autres...Mais à mon avis le 8 mai  devrait être un jour de fête International. Fin de la seconde guerre mondiale.
J'écris "seconde" car je souhaite ardemment qu'il n'y en ait JAMAIS de troisième...J'entends à l'instant que le Maître du Kremlin  annonce le retrait des troupes russes des frontières de l'Ukraine...Nous allons pouvoir nous reconcentrer sur le sujet de notre Blog.
 
En effet, notre ami Georges, qui était à Marrakech il y a encore quelques jours, m'a fait parvenir une série de photos montrant la destruction de notre cher "Petit Marché du Guéliz" et la reconstruction - à sa place - d'un centre commercial tout neuf, moderne, mais qui n'aura certainement jamais, pour nous les anciens de Marrakech, le flair, l'odeur, les couleurs, les ombres et les sourires des marchands de notre "Petit Marché"....
Le progrès est en marche. Il sera difficile de le stopper. Je ne peux qu'espérer qu'il apportera à cette Capitale du Sud marocain, bonheur et prospérité....
Voici donc les photos en question dans un ordre assez chronologique:
 Les deux premières sont de 2008, les deux suivantes d'avril 2010, puis la 5° en mars 2011, la 6° en mars 2012, la suivante en mars 2013 et les suivantes de mars 2014.....
 

01 MARRAKECH 2008

02 MARRAKECH 2008

03Marrakech avril 2010

04 Marrakech avril 2010

05 MARRAKECH MARS 2012

 

06 MARRAKECH MARS 2013

07 MARRAKECH MARS 2014

08 MARRAKECH 2014

09 MARRAKECH 2014

10 MARRAKECH 2014

 

11 MARRAKECH 2014

12 MARRAKECH 2014

 
Merci JOJO, tu as été, tu es et tu resteras notre ami......
Une ancienne de la BA 707, Claudine nous annonce son séjour à Marrakech pour deux semaines..Je te souhaite de bonnes vacances et de faire le plein de belles images et de bonnes sensations. Je n'ai pas besoin de te rappeler que des photos et des anecdotes seront toujours les bienvenues..
 
En parlant de photos, voici ce que l'ami MARCEL m'avait fait parvenir il y a peu de temps avec ce commentaire. Je l'en remercie ici et je salue Christiane , pour qui la cité Fouques est encore bien présente dans ses souvenirs....
 
Ami Michel 
Tu trouveras en pièces jointes 3 photographies de la Cité Fouque que j'avais prise en 2007 et qui devraient alimenter le blog tout en faisant plaisir à Christiane Pappas.

 

 
Changeons de sujet:
Dans ma région, AVRIL, le mois où l'on ne se découvre pas d'un fil a été particulièrement clément. Les fleurs se sont ouvertes beaucoup plus tôt que d'habitude. Les arbres fruitiers ont pu fleurir sans problème et les cerises grossissent déjà, surveillées par les oiseaux...Je vais penser, cette année, à mettre en place un filet de protection car j'adore les cerises de mon cerisier. Grosses, croquantes, sucré mais pas trop.
Maintenant MAI, le mois où l'on devrait pouvoir faire ce qu'il nous plait est là mais le ciel est souvent zébré d'éclairs et retentit de coups de tonnerre.
Cet après midi, nous avons subit un orage carabiné. Court mais violent. Et c'est pour vous montrer cette photo de Paula et Minou, terrorisés qui étaient venus se pelotonner sur le fauteuil de mon bureau en se serrant l'un contre l'une....
 
N'est ce pas mignon?
Voici aussi une photo prise par Alain et envoyé par Betty de Pipa, le chien de leurs petits enfant cherchant les Oeufs de Pâques sur leur pelouse bretonne.
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Belle photo, mais Alain nous a habitué à nous montrer sa région avec d'aussi belles vues....

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Mais maintenant laissons la place à Jacques pour continuer à savourer son récit MAN ANA.....
 

Un appartement vide 

Les déménagements ne sont jamais un moment agréable. En ce qui nous concernait, celui-ci revêtait la forme pénible de la disparition de nombre de souvenirs, car nous ne pourrions tout emporter avec nous vers la France. 

Papa avait déjà demandé un certain nombre de choses : la Land-Rover resterait à Casa chez les Letan, il la leur avait donné. A charge pour eux de nous la prêter si d'aventure nous revenions au Maroc pour nous y promener. 

L'agrandisseur que Papa avait bricolé quand il était en France avec l'aide des élèves du centre technique d'Anglet où il fut professeur échoirait à Franck Podevin, passionné de photo. Je récupérai toutefois l'objectif Nikon que j'avais récemment acheté à papa pour remplacer le vieil objectif d'origine, récupéré je ne sais où dans les années cinquante, et qui avait donné d'excellents résultats sur toutes les photos 30x40 cm qu'il avait faites. 

Pour le reste, nous gardions une table pliante en cèdre d'Azrou, contemporaine de notre arrivée au Maroc, une chaîne Hi-Fi Grundig, dernier achat, et le lampadaire en cuivre façonné par un artisan du souk des dinandiers suivant des plans ramenés par Landau du Liban ; notre oncle souhaitait le récupérer. 

Nous n'oubliâmes pas, bien sûr, les appareils photo et les projecteurs cinéma 8 mm et super 8. 

Il nous restait une quantité invraisemblable de papiers, de cours de Papa, de négatifs, de photographies...  

Tout cela fut mis en boîte et soigneusement rangé dans des cartons que nous entreposâmes chez les Lachèze, qui disposaient d'un vaste hangar. Nous verrions plus tard qui, à l'occasion d'un déménagement, pourrait rapatrier cela. 

Dans les lettres éparses, nous retrouvâmes des courriers que j'avais adressés aux parents, soigneusement rangés, des lettres adressées a Maman et qui étaient arrivées après son décès, car le courrier mettait une semaine pour arriver de France au Maroc. 

Beaucoup de souvenirs, peu de mobilier car nous avions toujours vécu « en camping » (amélioré, quand même) mais avec l'idée que nous risquions d'être amenés à déménager rapidement, en laissant tout sur place. 

En discutant avec l'épicier du petit marché, il nous dit qu'il était intéressé pour récupérer des lits, bureaux, armoires... 

Il y eut donc un véritable marathon de négociation à la marocaine, où il nota tout ce qu'il y avait puis envoya un aide commis chercher au petit marché une bouteille de soda frais, cadeau de la maison, pour continuer à négocier. Nous nous fîmes relativement plumer, pas trop quand même mais quand il lâcha ses « associés » sur l'appartement, tout ce qui pouvait avoir une valeur fut démonté, y compris les étagères que nous avions fait installer dans la buanderie.  

Il ne nous resta que des papiers épars, restes des tiroirs vidés méthodiquement. 

Tout était parti ! 

Avec de grands coups de balai, nous fîmes descendre tout le reste par l'escalier dans la benne de la Land-Rover, et nous allâmes tout jeter sur la décharge de Marrakech où nous fûmes assaillis par une ribambelle de récupérateurs de niveau inférieur aux précédents. 

Le circuit s'acheva dans le Djebel Ramram, où un trou creusé dans le roche reçut tout un tas de papiers personnels (relevés de banque, etc.) que j'arrosai de quelques litres d'essence avant d'y mettre le feu. Par quarante degrés, l'essence s'était bien réchauffée sur la roche brûlante, il y eut un grand « vlouf » et tout ce qui resterait ici de notre vie s'envola sous forme de cendres. 

C'était fini. 

Nous rendîmes les clés de l'appartement, soldâmes les comptes divers d'eau et d'électricité, et nous rapatriâmes temporairement chez les Lacheze. 

Nous décidâmes d'aller dire au revoir à nos amis Landau à Agadir. La route fut avalée à la tombée de la nuit avec la 304, et nous nous retrouvâmes à dix heures du soir au frais, devant la mer, attablés au « Jour et Nuit » où nous dégustâmes un poisson grillé. Agadir s'était bien reconstruit, le « Club Méd » s'implantait, le Maroc sortait de l'indépendance par le tourisme à outrance. 

Des bisous aux Landau, un retour sur Marrakech, un trajet vers Casablanca avec la Land-Rover et Franck qui accompagnait son nouvel agrandisseur à son studio casablancais... 

Nous laissâmes la Land-Rover chez Letan et rejoignîmes Mohammedia avec la 304. La 304 commençait à y être connue, grâce à Michèle. 

Une dernière baignade sur la plage, un peu de flirt avec Michèle, et ce fut le départ vers la France, la voiture chargée jusqu'à la gueule de tout ce que nous avions pu y mettre, depuis le lampadaire en cuivre ciselé jusqu'à un bloc de gabbro de Mrimima, porteur d'un petit soleil gravé et soigneusement planqué.  

Aucun problème à la douane, et c'est finalement vers Séville, au coeur de l'Andalousie et sur le coup de minuit, que nous nous attablâmes à un bar où nous prîmes un rafraîchissement qui nous fut servi avec quelques calamars à la romaine que nous dévorâmes. 

Deux assiettes de calamars plus tard, remontés, nous décidions de rentrer non stop sur Bayonne. 

Nous y arrivâmes exténués et assoiffés, malgré une halte à Bailèn où nous dévalisâmes le restaurant en bord de route de toute l'eau minérale qu'il pouvait avoir, tant ces sacrées bestioles étaient salées.

Epilogue 

Michel rejoignit le centre de formation d'élèves pilotes d'Aulnat, près de Clermont-Ferrand, pour le premier septembre 1973, avec Jean-Pierre Lachèze, son copain. 

Le 5 septembre 1973, je faisais ma rentrée comme professeur titulaire au collège de Blaye. 

Le 15 septembre, une ravissante carte postale portant « Le soleil de Perpignan » comme flamme m'apprit que j'accomplirais mes obligations militaires à Tübingen, au sein des FFA. 

Le quatre octobre 1973, à six heures du matin, sortant du train de nuit arrivant de Paris et traversant la moitié du triage de la gare de Strasbourg en enjambant les rails, nous voici, silhouettes indécises et lourdement chargées, au centre de sélection des FFA. Nous sommes affectés à des zones en fonction de nos destinations. Je m'approche de la table que l'on a désigné comme étant celle du 5ème Régiment de Dragons, et m'assieds.

J'essaie d'engager la conversation avec mon voisin d'un face, la figure bouffie de sommeil, le bleu à l'âme visible :

« D'où viens-tu ? »

« Du sud ! »

« Moi aussi ! Je viens de Bayonne ! »

« Moi, de mille kilomètres plus bas ! »

« Cela nous donne le Maroc, ça ! »

« Je viens de Casablanca. » me dit Jean Claude.

« Et moi de Marrakech, lui fais-je »

« Je connais quelqu'un de Marrakech : une fille, et elle est toute petite. C'est une copine. »

« Tu me parles de Michèle Lachèze, lui réponds-je. J'ai passé la plus grande partie de l'été chez ses parents. » 

Nous sombrons dans un abîme de perplexité, et méditons sur le fait qu'il n'y a que les djebels qui ne se rencontrent pas, au Maroc.

 
 Son récit touche à sa fin, mais rassurez vous il y aura encore quelques pages à lire. elles arriverons avec le prochain article.
J'en profite pour vous renouveller ma demande. J'ai commencé à écrire MES SOUVENIRS de l'Ecole primaire du Guéliz et si vous avez des petits récits de souvenirs qui vous ont marqué, n'oubliez pas de me les faire parvenir. Ils donneront du volume au Blog.
 
Mes chers amis et lecteurs, il est temps de vous souhaiter un joli mois de Mai, avec l'espoir que cet été j'aurais l'occasion de revoir certains d'entre vous. Votre toujours MICHEL

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29 avril 2014

Un triste article.

Je suis désolé de venir devant mon clavier pour vous narrer ce qu'il m'arrive.

J'ai eu par une de nos amies le lien pour voir une vidéo intitulée HAPPY GUELIZ. je l'ai regardé avec beaucoup de plaisir et j'ai laissé un commentaire pour féliciter les concepteurS de ce site. Ils m'ont d'ailleurs très rapidement répondu et j'en ai été heureux...Je m' apprétais à parler de leur site et de cette vidéo dans un article, mais la suite m'oblige à écrire celui ci.

Dans les quelques minutes qui ont suivi mon commentaire j'ai commencé à recevoir une série de mails me proposant des relations à caractère pédophiles, en indiquant les sommes à payer, puis d'autres très grossiers et dont je ne ferais pas de copier-coller ici.

Ma déception est grande. Marrakech, cette belle ville est maintenant une des capitales du tourisme sexuel. Les auteurs de ces offres déshonorent le sens de l'hospitalité marocaine. Hospitalité dont j'ai pu me rendre compte au cours de mes deux derniers voyages au Maroc en 2000 et 2001.

Je n'y suis pas retourné depuis, pour des raisons personnelles mais aussi car je trouvais que Marrakech changeait trop vite et dans un sens qui ne me plaisait pas. Maintenant j'en ai la preuve et ce n'est pas cet épisode qui me donnera l'envie d'y retourner. Si je savais comment intervenir auprès de la Police marocaine je le ferais pour dénoncer ces Sal... pards qui polluent le Net.

J'ai envoyé également un message aux dirigeants du site en question pour leur faire part de ma déception et leur demander d'essayer de mettre fin à ces envois dégradants....

Comme on doit tirer leçon de tout, je vous recommande d'être plus circonspect que moi et de ne jamais écrire le moindre commentaire sous une vidéo de Youtube....

Youtube qui me retransmet les commentaires pour me prévenir des réponses faites au mien.....

Voila, j'aurais eu d'autres choses à vous dire, mais je ne voudrais pas mélanger nos jolis souvenirs de la ville rouge avec les saletés que quelques uns m'ont fait parvenir....

Mais je reviendrais bientôt pour vous tenir au courant et écrire des choses plus en relations avec nos belles années à MARRAKECH.

Votre toujours MICHEL

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17 avril 2014

PAQUES pour les MARRAKCH'AMIS

Bonjour à tous les Marrakch'amis et lecteurs de ce Blog. Aujourd'hui ce sera court....

Je serais absent quelques jours, je vais rendre visite à mon frère de France car mon frère d'Australie vient passer quelques jours en Europe et sera la avec sa compagne ainsi que mon fils, son épouse et mes petits enfants...

Mais je ne voulais pas partir sans vous avoir souhaité de Joyeuses Pâques....J'espère que la météo permettra aux enfants de chercher des oeufs (en France)   et des lapins (en Allemagne).

Pour que vous n'en manquiez pas je vous offre cette photos....

JoyPak

 

A bientôt, la semaine prochaine....

Votre toujours MICHEL

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05 avril 2014

Ma prof de dessin et MAN ANA 16

La magie d'Internet et des blogs. Oui je sais, je ne vais pas à AVIGNON pour le rassemblement annuel et je n'ai pas lu SALAM depuis longtemps. Je ne savais donc pas que j'aurais pu retrouver une personne qui a été très importante dans ma vie d'élève du Collège Technique dans les années 60.

C'est mon amie de toujours, Monique, qui m'a un jour téléphoné pour me dire qu'elle avait eu un contact avec mon professeur de dessin de Marrakech. J'ai été très surpris car lorsqu'il y a plusieurs années j'avais entrepris de la retrouver, ON m'avait dit qu'elle avait été très malade et qu'elle était décédée. Ce qui avait mis fin à mes recherches. Donc, vous l'imaginez bien, quelle joie d'avoir de nouveau de bonnes nouvelles de cette charmante demoiselle qui, pour un de mes dessins d'ado, m'avait une fois donné un 20/20. Ce qui en dessin est très rare....

 

 

Je m'en souviens comme si c'était hier. Il fallait dessiner un poisson stylisé et peint façon vitrail. Ce qu'il semble j'avais parfaitement réussi. A cette occasion, elle m'avait invité à lui rendre visite dans son appartement de l'Immeuble Garenne (Situé sur l'avenue Mohamed V, à droite en allant vers le consulat de France et à quelques dizaines de mètres de la Place de l'Horloge et de la station service qui faisait l'angle opposé à la Renaissance). Dans cet appartement, les murs étaient décorés de plusieurs peinture, des gouaches surtout, et des dessins au crayon. Elle m'avait donné quelques notions supplémentaires en technique de composition et elle m'avait encouragé à continuer dans ce domaine....

Et puis vous le savez aussi bien que moi, lorsqu'on quitte Marrakech à 19 ans, avec la tête pleine de projets, pleine de souvenirs agréables de vacances, de musique, de Rock, de slow et surtout pleine de prénoms de filles, on laisse de coté les Profs, les devoirs, les heures de colle pour aller construire sa vie d'adulte. Donc j'ai oublié La PROF de Dessin et le nom plusieurs de mes profs d'anglais, de Math, d'atelier, de... et de ...., j'ai surtout  oublié de dessiner, j'ai oublier de prendre les adresses de mes copains de classe, d'orchestre, de Rugby, de déco....ades (Mais pas leur souvenir).

Les années se sont égrenées, la vie de couple, de père de famille, la vie professionnelle, les mutations, les changements de poste, le remariage, les nouveaux enfants sont venus recouvrir, la Mademoiselle Prof de dessin.

Si j'ai recommencé à dessiner, puis à peindre, c'est grâce à mon épouse qui un jour m'a offert une boite de tubes de peinture, des pinceaux, un bloc de papier et qui m'a encouragé à développer les griboullis que je faisais sur chaque petits coins de papier blanc, pendant les réunions de travail, sur les nappes en papier des restaurants en attendant les plats ou avec les enfants pour leur raconter des histoires. J'ai illustré tous les contes enfantins pour les endormir.

Aujourd'hui la maison est pleine d'aquarelles qui font le bonheur de mon épouse et sur lesquelles elle veille jalousement car au début j'étais enclin à en donner un peu à tout le monde....(Je n'ai jamais vendu, je ne sais que donner.)

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Tiens j'en vois quelques uns qui se disent le MIMI est en train de se faire enfler les chevilles. Mais non, je pense que cette passion pour la peinture vient de ces années pendant lesquelles Mademoiselle BARDIN a été mon professeur de dessin. Merci à elle.

Ayant trouvé son N° de téléphone je l'ai appelé il y a quelques jours et nous avons bavardé du temps béni de Marrakech pendant près d'une heure.. Quel Bonheur lorsque je l'ai entendu me dire "Je n'ai plus souvenir des noms de mes élèves mais Michel DUPRE je m'en souviens très bien. Vous étiez un grand et beau garçon plein de gentillesse et prometteur en dessin".

Elle m'a confié qu'elle aimerait retrouver des photos de Classe des années 1958-1965 au Collège Technique Hassan II.

Je vais donc profiter de cet article pour vous demander, si certains d'entre vous en avez encore, de me faire des scans de ces photos que je pourrais ensuite imprimer et lui envoyer. Elle ne possède pas d'ordinateur et je ne suis pas sûr qu'elle pourra lire cet artyicle. Ce serait donc une belle surprise pour cette Dame de 80 ans qui a été heureuse de renouer avec ce passé qui nous est cher. Ces années de MARRAKECH.

Si par hasard, un marrakchi, y habitant encore, pouvait demander à la direction du Collège, s'il y avait un moyen d'avoir quelques souvenirs photographiques de ces années là, mes souhaits seraient comblés et nous ferions un immense plaisir à Mlle BARDIN.

Je vais maintenant laisser le champ libre à notre ami Jacques qui va nous faire vivre avec tout le talent qu'on lui connait maintenant

"Le retour à Marrakech" que j'ai intitulé le MAN ANA 16.

Retour à Marrakech : vacances à Puerto Cansado

 

C'était l'été. Je venais d'être titularisé professeur, une page se tournait. Je n'effectuerais pas ma coopération au Maroc, comme mon père l'avait souhaité alors que moi j'aurais préféré Mauritanie – Mali – Niger - Tchad, la frange sud du Sahara. 

Il allait falloir libérer l'appartement que nous occupions depuis douze ans. Pour fêter ma titularisation comme enseignant, j'avais acheté une nouvelle voiture, plus puissante, plus rapide, plus moderne que la Renault 4 qui m'avait payé Papa. Tellement rapide et puissante que la 304 S coupé a quitté la toute dans un virage et qu'un tonneau plus tard elle fut inutilisable. Je l'ai donc conduite chez le garagiste, puis j'ai ressorti et épousseté le vieux vélomoteur « Ciao » qui m'avait servi pendant mes premières années d'étudiant. 

Je disposerais de ma voiture à partir de la mi juillet, temps nécessaire pour la faire réparer. 

Michel, était rentré déposer ses papiers d'engagement comme élève pilote dans l'armée. 

L'attente de quinze jours avant la réparation de la voiture nous semblait excessive, aussi décidâmes nous de repartir au Maroc. Je reviendrais chercher la 304 quand elle serait réparée, pour déménager la maison. 

Nous prîmes l'avion pour Casablanca, où Jean-Pierre devait nous recueillir. Il était en vacances chez un oncle à Mohammedia et ses parents, qui allaient venir le week-end prendre le frais, nous ramèneraient sur Marrakech. 

Nous partîmes avec la 2CV que Michel avait racheté à mon oncle, que nous laissâmes sur le parking de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Elle était suffisamment vétuste, et nous prîmes l'avion pour Casa.

Arrivés à Nouasser, la problématique complexe du pays se relança : Jean-Pierre n'y était pas, donc il devait être au terminus des bus CTM en ville. Nous décidâmes de prendre le bus, démocratiquement, jusqu'au terminus de la CTM. 

Nous arrivâmes sans encombre à la gare routière de la Compagnie des Transports Marocains, et nous y retrouvâmes Jean-Pierre, flegmatique.  

Heureusement que nous n'étions pas dépourvus d'initiative ! On avait déjà prévu de poursuivre jusqu'à Mohammedia s'il n'était pas là ! 

Bagages chargés, direction la villa d'Athanas et Nikki.  

Nous retrouvâmes une tenue plus compatible avec la chaleur, encore que celle qui régnait à Mohammedia était très supportable. Nous étions en début d'après-midi, aussi décidâmes nous d'aller faire un tour sur la plage, avec Michèle, la soeur de Jean-Pierre.  

La petite gamine en socquettes blanches et jupette de tennis juchée sur son caddy, que j'avais perdu de vue depuis plusieurs années, était devenue une jeune fille de dix huit ans dynamique, et mignonne de surcroît. Je ne manquai pas de m'en apercevoir. 

Le week-end s'acheva, les parents Lachèze rentrèrent sur Marrakech, avec nous dans leurs bagages. Nous retrouvâmes l'appartement, dans un immeuble déserté par les départs en vacances des occupants, à la recherche de la fraîcheur en bord de mer ou en France. 

Marrakech en été avait son rythme de vie particulier. Rares étaient encore en 1973 les installations de climatisation, et la vie se calquait encore largement sur le rythme solaire. Il était rare de s'endormir avant minuit, on dormait fenêtre ouverte en souhaitant que le vent ôte un peu de chaleur des murs. 

Au petit matin, vers six heures, il faisait frais : 25°. 

La température montait toutefois rapidement et vers dix-onze heures, on évitait de traîner dans les rues. Les volets étaient clos dès dix heures, on ne les réouvrirait que vers dix neuf heures et les fenêtres elles-mêmes seraient ouvertes vers vingt heures. 

La sieste méridienne était chose normale, et l'activité de déroulait au ralenti l'après-midi. 

En général, le soir, c'était sortie vers la Targa ou un autre endroit frais, avec restaurant de plein air de préférence. 

Le week-end, c'était Agadir, Safi ou Oualidia, bref le bord de Mer. Il y avait aussi la montagne : vallée de l'Ourika, l'Oukaïmeden ou autre coin en altitude. On cherchait à monter le plus haut possible, et on retrouvait les endroits où des colonies de vacances avaient été aménagées du temps du protectorat : Sidi Farès, Ijoukak... 

Nous rencontrâmes M. Lafond, le père adorable d'Ariel, fiancée à Jean-Michel, cousin de Jean-Pierre et de Michèle. Il nous proposa purement et simplement son hors-bord, qui était au barrage Cavagnac, si nous souhaitions nous détendre et faire un peu de ski nautique. Cette proposition fut accueillie avec enthousiasme, et nous passâmes dès lors nos après-midi au barrage. 

Le premier démarrage fut cependant laborieux, nous passâmes l'après-midi à faire démarrer le moteur du hors bord, qui n'avait pas vraiment besoin de starter pour cela. La fin de l'après-midi nous permit juste un tour de lac, mais nous avions compris comment cela fonctionnait ! 

Les jours suivants, de skis en monoskis, de départ dans l'eau à départ sauté, nous devînmes les as du ski nautique. Enfin, surtout Jean-Pierre te Michel, car moi j'étais nettement moins doué. Il faut dire que je n'y voyais pas grand chose sans mes lunettes... 

Le summum fut atteint le jour où Michel et Jean-Pierre se trouvèrent remorqués tous les deux en même temps. Cela se termina par la chute de Jean-Pierre. Je ramenai Michel au bord de la plage, et je filai récupérer jean-Pierre car il n'était pas envisageable de faire une démarrage depuis l'eau pour les deux skieurs, le moteur n'étant pas assez puissant. Jean Pierre était tombé car le ski s'était tout simplement cassé en deux ! Un Reflex mono C57 presque neuf. L'eau avait entamé la solidité du bois qui avait fini par craquer. 

Penauds, nous annonçâmes la nouvelle à M. Lafond qui ne fut pas très content mais nous proposâmes de lui ramener un ski neuf de France. Cela passerait moins bien du côté de sa femme, mais bon... 

Je repris l'avion deux jours plus tard pour aller récupérer ma voiture à Bordeaux et passai la journée à courir toutes les boutiques de sport du coin pour trouver un ski Reflex C57. Finalement, je trouvai un C56, assez voisin, et j'en fis l'acquisition. Il rentrait bien juste dans la 304 coupé. Je rentrai sur Bayonne, ramasser les dernières affaires avant de m'élancer pour la traversée de l'Espagne en solitaire. 

Après une nuit passée à Bayonne, je repartis vers Marrakech au volant de la voiture qui avait un problème évident de stabilité. Je découvrirais bien plus tard que la traverse arrière était faussée, ce qui fait que l'arrière partait au premier cahot. Après quelques passages chauds, je finis par m'accoutumer à son nouveau pilotage. 

Je passai par le chemin des écoliers (qui ressemblait à un chemin pour ânes) pour éviter le grand flux migratoire aoutien, et je finis par arriver à Algesiras vers midi, pour obtenir une place dans le bateau du soir. 

 J'allai me mettre un peu à l'écart à l'abri et entamai un repos réparateur à l'ombre d'un eucalyptus, caressé par le vent marin. 

Traversée nocturne du détroit, arrivée nocturne à Tanger où je repris calmement la route vers Mohammedia où j'arrivai vers dix heures du matin. 

Surprise de la tribu Marinakis, et de Michèle. J'expliquai que j'étais seulement de passage, et que je repartirais vers Marrakech en fin d'après-midi. Un petit coup de fil pour donner des nouvelles à Marrakech, pendant que Michèle admirait la 304 S coupé blanche avec intérieur en simili cuir et repose-têtes, qui en jetait un max. Elle me convainquit qu'il était indispensable d'aller acheter un je ne sais quoi en ville (pain, oeufs...) à l'épicerie du coin. C'était de surcroît l'heure où les copines faisaient de même, le moment stratégique pour se montrer et papoter. Je débarquai donc le monoski afin de lui dégager l'accès au siège avant, et nous fûmes partis, toutes fenêtres ouvertes, par un itinéraire qu'elle m'indiqua et qui semblait détourné. Si l'objectif « courses » fut atteint, celui de rencontrer les copines, malgré deux tours du pâté de maisons, le fut moins semble-t-il. Néanmoins, Michèle avait eu droit à son tour dans le coupé « S », et avait été vue dans Mohammedia suffisamment pour que l'on en parle. 

Dans la soirée, je ralliai Marrakech sans encombre. 

Lafond récupéra son monoski tout neuf, avec nos excuses et nos remerciements. 

Ce fut le moment de faire notre dernière balade dans le Sud. 

Nous choisîmes Puerto Cansado une fois de plus et nous partîmes avec des cousins aux Podevin qui étaient venus se rôtir à Marrakech, et Jean-Pierre. 

Nous retouvâmes notre lieu de campement favori, au bout des dunes, au début de la lagune, contre l'océan.  

Quelques jours d'insouciance entre jeunes, des photos superbes grâce aux beaux modèles féminins, un petit essai de plongée dans le bras reliant la lagune à la mer, bien vite arrêté car le littoral était quand même truffé de requins, pas forcément aux grandes dents, mais qui dévoraient allègrement toutes les proies qui s'accrochaient aux palangres que nous posions à marée basse pour le relever à la marée descendante suivante : le plus souvent, sur dix bas de lignes, on en trouvait cinq cassés, quatre avec l'appât délicatement nettoyé de l'hameçon, et la dernière avec une tête de poisson, le corps ayant servi à régaler quelque carnivore vorace. 

Des vacances de rêve, seuls ou presque, au bout de la plage, hors du temps. 

De retour à tant Tan, nous nous arrêtâmes car je souhaitais acheter un poste radio « Blaupunkt » pour mettre sur la console que j'avais confectionnée pour la 304.  

Nous fûmes interrogés par les habitants sur l'endroit où nous étions en camping.  

Apparemment, ils étaient au courant de notre présence dans le secteur, ce qui confirmait pour nous le fait que, dans le désert, même si l'on n'a vu personne, quelqu'un vous a vu et en a parlé. 

Nous leur répondîmes que nous étions à Akhfennir, ce reste de fort portugais, sur la lagune de Puerto Cansado. Nous fûmes interloqués car on ne nous avait jamais posé de question de ce type jusqu'alors. 

Nous apprîmes quelque temps plus tard que, dans la même région et à quelques kilomètres de là, les enfants Pascon, que nous avions côtoyés au Lycée Victor Hugo, et le fils du Consul de France, avaient disparu définitivement. Ils auraient été exécutés par les partisans du front de libération du Sahara occidental, le front Polisario.  

Nous étions passés au travers cette fois-ci, sans savoir pourquoi. 

Le retour vers Marrakech fut sans histoires, et il nous fallut songer à quitter définitivement cette ville où nous résidions depuis treize années.

 Voila chers amis lecteurs c'est fini pour aujourd'hui. Je vous engage à me contacter pour me faire parvenir tout ce qu'il vous semblera utile de monter à tous et à faire partager avec le plus grand nombre... Vive les MARRAKCH'AMIS.

Votre toujours MICHEL

 

 

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16 mars 2014

Cité FOUQUE éternelle et MAN ANA15

Ah cette Cité FOUQUE, elle revient hanter nos mémoires...L'article de Jean Yves date du 1° août 2007 et continue à générer des commentaires. J'en suis heureux et fier. Notre Blog continue à rassembler les amoureux de Marrakech en général et ceux qui ont vécu à la Cité en particulier...

Je suis Christiane PAPPAS, née à Marrakech, Guéliz à la Cité Fouque, rue des Derbkaoua à l’époque, et ensuite appelée rue Alexandre 1er, et maintenant rue de Yougoslavie.
Je suis la dernière fille de Blanche et Basile PAPPAS. Nous étions trois filles : Mireille l’aînée, Georgette la cadette, et moi.

Merci, chère Christiane de nous avoir offert ce long commentaire qui nous retrace l'historique de ce passage qui a compté pour beaucoup d'entre nous...J'y avais mes amis et mes copains d'école du Guéliz. Oui car je passais par la cité en sortant de la Rue de la Liberté, et nous allions ensemble à l'école.

Bonjour, je suis ANDREE, une des filles d'Adrienne Calvo et c'est avec une grande émotion que je lis ce texte qui me rappelle tant de souvenirs d'enfance.

Je salue également Andrée qui nous fait part de l'émotion que nous ressentons tous lorsque nous retournons promener nos mémoires dans ces ruelles qui aujourd'hui sont devenues des artères très fréquentées, des quartiers disparus ou tellement transformés que nous ne nous y retrouvons pas....

J'invite tous ceux qui ont encore des souvenirs de la cité à nous faire partager, de ne pas hésiter à me les envoyer pour que je puisse les éditer dans un prochain article ou comme Christiane à les mettre en commentaire....

Passons maintenant de la ruelle marrakchie aux grands espaces océaniques...Oualidia.

Oualidia qui compte énormément pour beaucoup d'entre nous. Michèle, qui vit encore au Maroc, pense régulièrement à nous et nous fait partager ses séjours en bord de mer par des photos

 

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et une vidéo officielle du AHOYAL CENTER OUALIDIA dont je vous donne ici le lien...

Ahoyal Center Oualidia Maroc Morocco video officielle

http://www.youtube.com/watch?v=BIDyj5qZinY

Merci à eux de nous offrir de si belles images.

Régalez vous....

Grâce à Michel de Mondenard j'ai retrouvé mon ami ALBERT, celui que nous appelions Bébert.

De son domicile lointain actuel, il pense à nous et répond à un envoi que je n'avais pas oublié de lui faire : Je lui disais au sujet de Oualidia

En fait cela a tellement changé qu'à par les grains de sable, les vaguelettes et les oiseaux *, je ne reconnais plus grand chose.... 

* Je me souviens que Bebert courait sur le banc de sable après un flamand rose qui avait une patte cassée et qu'il essayait de sauter assez haut pour le choper.

Il a été rapide à me répondre :

Terrible memoire Michel je me souviens très bien de ce moment et je croyais être le seul.....j'ai chaud au coeur.......
Amicalement...Albert

L'amitié n'est pas un vain mot entre nous...L'amour peut s'étioler  l'amitié, elle, est un sentiment qui dure.

Je crois que c'est ça qui m'a fait reprendre la rédaction du Blog car j'aurais été puni de manque d'amitié si je ne l'avais plus fait....

Mais passons à SERGE. Il y a quelques jours j'ai réçu ceci de sa part....

On fait tous un peu notre cuisine de souvenirs... Je pense beaucoup de mal de la nostalgie qui est une maladie mortelle. Mais les souvenirs peuvent parfois servir pour la cuisine, la peinture, la musique... pour inventer chaque jour une vie nouvelle.

On sent dans ce courriel, la sensibilité artistique qui habite notre ami SERGE. Surtout qu'il y avait joint quelques une de ses compositions picturales et dont il m'a donné l'autorisation de vous les faire partager.

 

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Je suis sur que, comme lui, beaucoup d'entre vous avez aussi des productions personnelles que vous n'avez jamais osé montrer. Alors, n'hésitez plus et faites moi parvenir vos tableaux, vos dessins, vos poèmes, comme Marie-France, que je puisse les éditer ici. Je remercie SERGE de l'avoir fait et le félicite pour son sens artistique....

Et voici enfin un envoi de Monique B...Elle commence ainsi :

Michel,   Surprise, j'apprécie de retrouver ton blog actif.

 et continue comme ça :

A ta demande de rechercher de la documentation, voici une photo du primaire Ecole du Guéliz, une photo que je n'ai pas encore aperçue dans les différents sites de Marrakech. Je ne confirme pas les années mais en voyant mon frère Robert (né en 1944) au 1er rang du bas le 2ème à droite, je pense aux années 50/51 et la classe  CP ou CE1, à sa gauche peut être un enfant FLORES.

Ecole du Guéliz classe CP 1950-1951

 

A Bientôt et merci pour les photos de carnaval cela met du baume au coeur dans cette période difficile et perturbée.

Sincères amitiés Monique DB

Voila mes amis, j'arrive à la fin de ce que j'avais à vous dire. Après une magnifique semaine dernière qui nous a vu reprendre possession du jardin et des après midi sur la terrasse, le soleil nous boude depuis hier. Il ne fait pas vraiment froid mais... quand même, c'était mieux avec.. Et puis je vais profiter de la situation pour effectuer la transition vers le Man Ana de Jacques et éditer le chapitre 15.

Jacques à toi:

Papa 

Il y a eu Papa aussi. Maman nous ayant quitté, il s'est retrouvé seul avec Michel à Marrakech. Leur vie a changé : ils partaient souvent voir les Landau du côté d'Agadir, la maison Lachèze devenait pour Michel une seconde maison, Michel et Jean-Pierre Lachèze, élèves dans la même classe, bossaient ensemble les maths et la guitare, avec option belote-triche. 

Papa s'est senti mal peu de temps après. Il avait un passé de gros fumeur, et il décida de s'offrir la visite de l'Amérique latine avant d'aller se faire soigner. 

L'été suivant, le diagnostic d'un cancer du cavum tomba. Il resta à Paris chez ses amis Testemale le temps d'une première opération.  

Michel était resté en pension libre à Marrakech chez les amis que nous avions, et je quittais Bordeaux, où je suivais mes études, fréquemment pour rendre visite au paternel. 

Une fois remis sur pieds, il revint à Marrakech, et continua de suivre la chimio, comme le prescrivait le protocole à l'époque. Je fus même chargé de lui rapporter ses médicaments. 

Cet été là, nous partîmes quelques jours à Puerto Cansado.  

Puerto Cansado est une sebkha entre Tan Tan et Tarfaya qui communique avec la mer. Il y a donc au fond des marais salants, une grande accumulation de sable éolien car le point bas de la côte canalise le vent dominant, et les vestiges du fortin portugais d'Akhfennir : une tour de 4 m sur 4 qui était autrefois un des comptoirs que les portugais érigèrent tout le long de la côte, au temps de la découverte de l'Afrique par ces étranges vaisseaux hauturiers que l'on appelait les caravelles. 

L'accès à cet endroit se faisait en véhicule tout-terrains, en roulant sur la plage sur cinq kilomètres environ. 

Cette côte, nous commencions à bien la connaître car c'était un lieu d'excursions fréquentes, et à Pâques précédent, nous avions prospecté la zone au nord de cette lagune.  

Nous avions constaté que la côte était extrêmement poissonneuse, que par contre la capture des poissons était malaisée car on pêchait depuis la falaise, haute d'une vingtaine de mètres, et que les énormes bars capturés avaient tout le loisir de se décrocher ou de casser le fil en se débattant alors qu'on les remontait. 

A Puerto Cansado, on était sur une plage de sable, et la pêche se faisait « au surf casting », c'est à dire au lancer depuis le bord. 

Arrivés sur place, nous rencontrâmes toute une rangée de pêcheurs marocains, occupés à tirer de l'eau tout le poisson qu'ils espéraient bien revendre pour quelques dirhams au camion qui passerait en prendre livraison. Ils avaient quand même marché plusieurs kilomètres dans le sable en portant une hotte avec tout leur matériel, plus leur canne à pêche. 

Voyant cela, Papa décida de se joindre à eux, sortit sa canne en fibre de verre, et avançant dans les rouleaux jusqu'au bassin jeta la ligne lestée de deux plombs de 40 grammes au-delà des rouleaux, ou presque. 

A sa gauche, le pêcheur du cru n'arrêtait pas d'avoir des touches et ramènait bar sur bar. Il était équipé seulement d'une canne à pêche en bambou, consolidée avec un peu de scotch « 33 » noir. 

A sa droite, un autre pêcheur, plus pauvre. Lui n'avait même pas pu s'offrir canne à pêche ou moulinet, aussi enroulait-t-il sa ligne sur un aérosol d'insecticide vide ! Et il ramenait des poissons en continu ou presque. 

Papa avait beau appâter avec de la sardine presque fraîche, lancer comme un beau diable, des touches, mais rien de ferré. Il finit par sortir de l'eau tremblant de dépit, en voulant à la terre entière et à deux doigts d'en pleurer. Nous le consolâmes comme nous pouvions et enchaînâmes par un repas et une sieste car il était quand même fatigable, et devait avoir ses injections bihebdomadaires que j'étais chargé de lui administrer, car, ainsi que je lui avais expliqué, aucune des souris que j'ai disséquées ne s'était jamais plainte. 

Nous réfléchissions longuement au soin que nous avons mis à choisir les sardines sur le port d'Agadir, à les mettre dans une caisse en zinc spécialement conçue pour cela, en les intercalant avec du sel pour leur conservation, à la délicatesse avec laquelle nous ôtions les filets pour les enfiler sur l'hameçon... Bref, cela aurait dû marcher ! 

Les jours suivants, la technique s'améliorant, nous réussîmes à manger du poisson tous les jours, mais même l'achat « par correspondance » d'une canne en bambou apportée d'Agadir par le camion ne permit pas d'ouvrir une poissonnerie. 

Malgré sa fatigue, Papa apprécia ce séjour à Puerto Cansado, et nous-mêmes en gardâmes un souvenir somme toute agréable. 

Le retour sur Tan Tan se fit dans l'angoisse, car le voyant rouge de charge de la Land-Rover restait allumé, ce qui signifiait que la batterie rechargeait peu ou pas. 

Papa m'avait chargé de faire un montage permettant de se passer du boîtier de régulation de charge, mais cela n'améliorait pas le résultat. Il fallait faire tourner le moteur assez vite pour que le voyant s'éteigne. 

A Tan Tan, papa acheta donc un boîtier neuf, que je changeai en une dizaine de minutes. Je relançai le moteur, et même motif même punition : voyant rouge de charge insuffisante allumé. En désespoir de cause, papa finit par confier la voiture à une réparateur auto dans un garage dans l'entrée de la ville, et il commença un série de tests qui firent grimper le paternel aux rideaux. « Mais qu'est-ce qu'il fait, mais qu'est-ce qu'il fait ? ».  

Diplomatiquement, nous convainquîmes papa de le laisser officier et allâmes prendre une option Tagine au caouaggi du coin. Au retour, le mécano nous tendit fièrement une paire de charbons de dynamo, la pièce défectueuse que sa méthode raisonnée de diagnostic avait permis de trouver. Scotché, le paternel ! Et nous, étonnés de la méthode et de la débrouille de ces mécaniciens qui n'ont l'air de rien et qui vous dépannent dans tous les bleds, même perdus. 

De passage à Agadir chez nos amis Landau, nous nous avachîmes dans le fauteuil et nous laissâmes aller à causer entre nous. Charlotte rentra sur ces entrefaites et objecta « Oh, cela sent drôle, ici ! ». Nous n'avions pas réalisé que dix jours en plein air à manipuler des sardines comme appât avaient dû nous parfumer délicatement au poisson, et nous nous dirigeâmes penauds vers la salle de bains pour en ressortir présentables.  

L'état de Papa continua cependant d'empirer, et il décida de revenir au Maroc pour la noël suivante. Il sentait que cela irait de pis en pis mais il voulait encore parcourir ce pays qu'il adorait. 

Il fut convenu que nous partirions au sud de Foum Zguid, vers Sbah. Plus une région qu'un village, Sbah (le lion, semblait-il) désignait des maaders, ces pâturages en plein désert du côté du Dra. 

Nous partîmes en avance avec Letan et des amis de Paris qui avaient accompagné Papa. 

Nous amis Podevin suivraient avec la R16 jusqu'à Sbah, la piste assez roulante le permettait et papa n'aurait pas supporté la journée dans la Land-Rover. 

Nous trouvâmes un endroit propice pour planter la tente, dans un lit d'oued asséché planté de trois palmiers et de quelques buissons secs. La camp dressé, vers les cinq heures, nous convînmes de prendre la Land-Rover et de remonter vers Foum Zguid pour accueillir Papa et le guider jusqu'au cap, visible depuis la route cependant. 

Nous laissâmes nos amis et les Letan et avec Michel et Laurence, médecin, nous remontâmes de quelques kilomètres. Bientôt, le nuage de poussière annonça la voiture. Petit bonjour rapide et départ, Papa étant fatigué et désirant se reposer. 

De retour vers le camp, nous vîmes tout à coup s'élever une énorme colonne de fumée noire, qui au fur et à mesure que nous approchions faiblissait sans toutefois disparaître. Une angoisse nous étreignit, ce n'était pas normal. 

En nous approchant, nous constatâmes que la colonne de fumée venait de notre campement, à trois mètres des tentes. Nous vîmes tout le monde autour, les dégâts semblaient uniquement matériels. 

Frantz, le mari de Laurence, nous raconta son histoire, toute bête mais qui aurait pu avoir des conséquences tragiques. Voyant les véhicules arriver, il décida de préparer un thé pour papa. Il mit donc la gamelle sur le camping gaz, alluma le feu, s'empara d'un jerrycan, l'ouvrit et versa dans la casserole son contenu, de l'essence ! Immédiatement, celle-ci prit feu ainsi que le jerrycan, Frantz restant paralysé devant le phénomène. C'est M. Letan qui eut la présence d'esprit d'arracher le jerrycan en plastique des mains de Frantz et de le jeter plus loin, où il finit de fondre et où l'essence s'infiltra dans le sable de l'oued où elle brûla pendant près de deux heures, sans que nous puissions l'éteindre avec l'extincteur du véhicule.

La tente avait été un peu brûlée, mais Frantz n'avait rien, ce qui tenait du miracle.  

Il fallut un bon moment avant que tout le monde ne retrouve son calme, et je pense que Frantz et Laurence dormirent très mal. 

Il fit froid cette nuit-là, et, malgré couvertures et duvets, Papa ne dormit que d'un oeil, taraudé par la douleur du mal qui le rongeait. Nous l'entendîmes se plaindre, sangloter, et nous nous ré-endormîmes en grelottant dans nos duvets, autant du fait du froid que de la tension nerveuse. 

Le réveil au matin fut morose, et nous décidâmes de profiter du soleil et d'une température clémente pour aller nous promener autour de quelques falaises impressionnantes. 

Pour oublier sa douleur, papa nous demanda de le laisser seul et il se mit à marcher dans le désert, retrouvant ce qu'il avait toujours aimé, le désert et la montagne. Il avait comme projet d'aller visiter les monts du Hoggar et du Tassili n'Ajjer, ainsi que la Norvège à la retraite. 

Finalement, la douleur le vainquit et il remonta à Marrakech en voiture, convoyé par nos amis Podevin et avec Frantz et Laurence. 

Le lendemain, avec Letan, nous fîmes une petite excursion dans le Dra, et au retour nous remontâmes un affluent jusqu'à un Foum, trouée dans les collines où passait le fleuve. J'insistai pour que Michel fasse grimper la Land-Rover sur la colline, où nous identifiâmes un gigantesque croissant de pierres, certainement proto islamique, orientant notre connaissance de l'archéologie vers d'autres types de monuments : cercles de pierres, cromlechs ou croissants de pierre. 

Nous racontâmes tout cela à Papa, qui écrivit à partir de ce que nous avions rapporté de cette région de Mrimimah, quelques pages qu'il confia à dactylographier à Madame Lacheze, et qu'il remit à Letan.

Papa décéda à Paris deux mois plus tard. 

Quarante ans après, grâce à internet, j'ai rappelé cela à Letan, qui a enfin édité le « corpus des gravures rupestres de Mrimimah » et m'en a adressé un exemplaire, où je retouvai le texte de papa, texte qui avait été dactylographié par Madame Lachèze à l'époque. Je vous le livre ci-dessous. 

« Nous connaissions déjà cette crête de Mrimimah pour l'avoir, au cours de sorties touristiques, photographiée dans les zones où elle offre des amas sablonneux pittoresques.

Ne pas la remarquer est difficile à celui qui parcoure la région car, sur cinq kilomètres, elle longe la piste qui va de Foum Zguid à Tissint à une centaine de mètres vers le Sud. Bien individualisée, quasi rectiligne, elle offre une série de soubresauts modestes, séparés par des petits « foum ».

Vers l'Est elle s'arrête brutalement, l'intrusion de « gabbros» restant sous-jacente. Vers l'Ouest elle semble disparaître après son incision par un affluent de l'Oued Zguid. En fait le village de Mrimimah le masque. Beaucoup de maisons ont pris appui sur des affleurements ;à tel point que de nombreuses gravures apparaissent sur les soubassements naturels des maisons .

Après avoir fait une réapparition incontestable à l'Ouest du village, elle plonge à nouveau durant plusieurs centaines de mètres sur un sol de cailloux pour émerger plus loin, dans la plaine.

Tout au long elle a contribué à canaliser l'oued Zguid. Actuellement les sables de l'oued majeur confinent à la base de la crête étudiée et les derniers tamaris s'insinuent entre les blocs éboulés.

Sur toute sa longueur le site se présente comme un amas de blocs de gabbros sérieusement patinés. La roche mère intrusive a ainsi été débitée en masses que l'érosion a poli. Nombreuses sont donc les faces et facettes qui s'offrent alors à l'artiste-graveur. Mais délicate demeure la tâche, car la roche est une des plus dures qui se puisse trouver pour cet usage ..

D'ailleurs cette crête ne présente aucune originalité notable quand on la compare aux autres crêtes découvertes dans la région. Et c'est l'une des raisons qui fit que, dés que nous fûmes initiés à la prospection archéologique, nous pensâmes à rejoindre cette zone dont la texture nous avait frappés. Et ce fut immédiatement la découverte des gravures.

Ainsi nous étions, jusqu'alors, passés à côté de ce trésor artistique et nous avions même certainement foulé au pied certaines d'entre elles.

Cela suffira t il à expliquer que nous n'ayons nulle part trouvé trace de la découverte de ce site par quelque autorité militaire, ou quelque géographe, ou quelque géologue. ?

Celtes les gravures sur gabbros ne sollicitent pas le regard comme peuvent le faire les gravures profondes sur grés. La matière elle-même est granuleuse, le trait s'il est incisé est toujours très modeste, le piquetage patiné ne se remarque qu'avec une certaine attention; si l'orientation du soleil n'est pas favorable; pour si peu que l'incidence de ses rayons ne conviennent pas, alors, l'œil vagabond ne remarque rien.

Par la suite nous devions trouver dans la région de nombreux autres sites, mais chaque découverte nécessitait une attention soutenue, attention que ne réclament pas les grès tendres où le graphisme se devine à plusieurs dizaines de mètres pour si peu que les rayons du soleil renforcent les ombres.

La prospection archéologique dans le Sud-Marocain est un fait peu banal. Elle eut ses promoteurs, Mardochée le guide israélite de Charles de Foucault, avait déjà signalé des sites intéressants, de nombreux officiers des « A.I » s'intéressèrent à ces recherches et signalèrent leurs découvertes. Bien sûr il y eut, par inconscience; des dégradations graves; ainsi de magnifiques gravures finirent sur un linteau de porte ou sur un front de cheminée, dans quelque bureau militaire, d'autres en revêtements routiers.

Les difficultés de prospecter dans ces zones, gardées jalousement par les militaires, limita considérablement l'intervention des civils et l'expérience remarquable des deux journalistes Odette de Puigaudeau et Marion Senones n'en prend que plus de valeur et d'intérêt.

Les missions officielles dans le Sud Marocain furent donc peu nombreuses et les études générales considéraient cette région comme quasiment stérile en vestiges préhistoriques.

Il est certain que de nombreuses thèses ou hypothèses actuelles s'avéreront bien insuffisantes voir inexactes, lorsq:ue seront prises en considération les découvertes de ces demi ères années.

Car il a fallut attendre 1956 pour que l'indépendance accordée au Maroc leva le tabou de l'insécurité et autorise la libre circulation des gens le long de ces pistes merveilleuses. Un esprit nouveau était né qui devait conduire certains néophytes à la prospection archéologique. Si des personnages avertis: professeurs d'histoire, de géographie, de sciences naturelles, furent très vite enthousiasmés par la reconnaissance des sites signalés, ils devinrent, à leur tour, des novateurs et en quelques années les connaissances archéologiques furent multipliées par un facteur inespéré

On ne parlait plus de quelques dizaines de gravures mais de milliers et des découvertes d'un haut intérêt scientifique furent faites. Les prospecteurs bénévoles, et parfois incultes quant à l'mi rupestre, aidèrent les novateurs et des équipes de travail se créèrent. Peu à peu, les cartes du Sud marocain se meublèrent de repères colorés et l'extrême richesse de ces zones apparut comme une évidence prometteuse.

A peine quelque article de fond était-il formulé que des découvertes nouvelles montraient son insuffisance. Un travail de centralisation aussi phénoménal que celui d'André Simonneau, joint à des prises de contact avec d'autres chercheurs d'Afrique, faisaient apparaître soudain des faits, assez troublants, qui pourraient être de parenté, de filiation, voire de simple influence.

Des schémas naissaient qu'il fallait compléter, raturer, raccorder. Actuellement il n'est même pas possible de faire un point sérieux.

Une des ressources offertes par ces gravures est la nature de la faune. On peut mettre en doute le talent du graveur quant au réalisme de la représentation qu'il a formulé. Pourtant un rapprochement des nombreuses gravures révèle bien qu'il s'agit de mêmes variétés animales, et un travail d'inventaire devrait être fait. Toutes ces espèces, bien sûr, ont disparu de la région considérée; mais toutes n'ont pas disparu de la surface terrestre. Il serait utile que naisse' lm inventaire sérieux.

La recherche préhistorique a pris durant ces dernières années une ampleur considérable. L'abondance des publications met à la portée de chacun les documents les plus secrets. Des théories enfin naissent de cette moisson, plus proches de la vérité.

Ce foisonnement des gravures marocaines est un atout précieux. Le Maroc saura t-il sauvegarder ce patrimoine humain? saura-t-il ouvrir largement les arcanes de l'étude et freiner cet engouement odieux que vrais et faux antiquaires suscitent en cachant dans leur arrière-boutique quelque pierre gravée dont la disparition sur le terrain est une mutilation intolérable.

Pendant que cette ivresse de la découverte et de la prospection gagnait son monde nous eûmes l'idée de faire un relevé méthodique complet du site de Mrimimah qui se présente ainsi :

  • ·Un complexe de plus de cinq kilomètres
  • ·Une pérennité certaine du peuplement de cette zone Où survivent encore quelques centaines de personnes
  • ·Une étrange atmosphère de religiosité autour de cette célèbre zaouia
  • ·Qui complète et survit aux magies antiques dont le bétyle phallique devant la zaouia témoigne encore.

Nous reconnaissons que ce travail accompli à Mrimimah ne peut être généralisé. Il fallut plusieurs armées aux quelques personnes de notre équipe pour faire ces relevés. Il fallut des centaines d'heures de travail en chambre pour les reproduire, mais nous pensons que ce genre de « Corpus» pourrait servir de base à des études plus générales. Pratiquement presque toutes les gravures lisibles ont été photographiées et notées. Elles autorisent déjà quelques statistiques par la nature des espèces animales représentées, par leur taille, leur orientation, leur cohabitation et l'estimation de leur âge.

L'idéal serait que ce travail soit complété, par exemple pour la période des chasseurs, par la réalisation d'un corpus sur des gravures sur grès. Ces documents pourraient alors être mis à la disposition de tous et autoriseraient un travail de synthèse.

Bien sûr l'étude sur le terrain même me semble préférable, mais la puissance de conception que réserve la salle d'études n'est elle pas supérieure? La filiation ou l'influence ne se lit elle pas magnifiquement en rapprochant deux documents souvent relevés à quelques centaines de kilomètres de distance? Mais ce sont là des évidences par trop banales pour qu'il soit besoin de les rappeler. Mieux vaut débattre de la valeur du document qu'apporte ce « Corpus» et de la manière dont il naquit. Une méthode nouvelle sans doute qui ne laissa rien au hasard. Par exemple :

Le jalonnement des crêtes à intervalles de 100 mètres pour créer des zones repérées

La photographie en diapositives doublée de la photographie en noir et blanc.

Enfin, en salle, la projection de l'image sur une fiche cartonnée au format de 230 x 180 mm où l'on dessine seulement la gravure. La photographie noir et blanc sert à vérifier ce que l'on a dessiné et si un doute persiste la prochaine expédition permet l'ultime vérification.

Nous ne nous croyons, cependant pas, à l'abri de tout reproche ainsi en est il des déformations dues à la représentation plane de la' photo sur ,me surface bombée. Mais à aucun moment nous n'avons été étonnés de voir comment l' « artiste» avait utilisé l'accident de surface de son support pour donner à sa gravure plus de réalisme.

Il est arrivé que l'imprécision d'une photo pose quelque problème. La confrontation du dessin obtenu et de la gravure sur le terrain permet alors de corriger. Il est arrivé que la gravure elle-même présente, à quelques heures de distance après la prise de vue, des différences ou des imprécisions flagrantes; nous nous bornons alors à ne mentionner que ce que nous sommes sûr d'être œuvre humaine et non artifice naturel. Rares d'ailleurs sont ces cas, et encore qu'il ne faille préjuger, peu probables sont les ressources offertes par de tels documents.

Quels étaient ces hommes qui fréquentaient Mrimimah à cette époque? Quelles tec1miques de chasse utilisaient-ils réellement? Quels rites observaient-ils? Quel était le graveur? et où apprenait-il son art? Ce piquetage exigeait-il l'emploi de ces nombreux morceaux de cristal de roche que le sol environnant conserve en témoignage? Pourquoi ne retrouve t on que si peu d'outils polis ou mêmes simplement dégrossis que d'autres zones révèlent? Certains de ces artistes graveurs au goût sûr ; au métier affirmé, étaient-ils incapables de faire naître la beauté de la pierre éclatée ou polie ? Ou bien faut-il admettre que le piège de terre, de bois, de feuillage, ou les lanières de cuir primaient sur les artifices de projection des armes? Les outils finis étaient-ils au contraire tellement parfaits qu'on les conservait soigneusement avec soi, les retouchant si la nécessité l'imposait. ? Mais en un lieu ou un autre on eut découvert quelques unes de ces merveilles. Or nos prospections, sur le site, furent aussi appliquées que nombreuses, mais jamais l'outil - ou l'arme - ne tomba entre nos mains. L'arc que l'on trouve ailleurs n'est que très peu représenté à Mrimimah , il est vrai que l'on y trouve que très peu de figures anthropomorphes. Ce n'est d'ailleurs pas une raison suffisante pour conclure à l'inexistence de cette arme, ou de toute autre, Aussi on se demande avec perplexité comment ces chasseurs agissaient; sans doute en traquant.

Nous n'avons pas trouvé trace de foyer permanent ce qui nous paraît normal, le territoire de chasse de l 'homme est nécessairement éloigné de son habitat. L'odeur de la tribu humaine ne doit guère être attirante pour le gibier. Le centre de chasse n'était donc occupé que sporadiquement, soit au cours d'une battue, soit au cours de quelques manifestations magiques précédant l'acte de chasse.

Une tribu avait-elle plusieurs zones de chasse? Vraisemblablement, car, à voir la quantité de ces centres gravés, on pourrait alors conclure à une densité de population énorme. Or les calculs de densité des populations nomades, n'ont jamais donné que des résultats de l'ordre de quelques unités / km2. La tribu était nombreuse, elle était mobile, elle avait ses terrains de chasse, elle avait également des techniques qu'il nous est difficile de reconstituer, mais que le simple examen ethnographique des tribus chasseresses contemporaines nous suggèrent. Car si, bien évidemment, juger de l'idéologie de ces ancêtres en prenant pour modèle l'idéologie des tribus équivalentes actuelles est une solution de facilité bien critiquée, l'examen des méthodes de pêche ou de chasse des dites tribus doit être pour nous un enseignement certain. Quant aux gravures rupestres, que voulaient-elles représenter?

Un inventaire de massacre? une incantation, une manifestation magique? peut-on statistiquement en conclure à la répartition du gibier? Pas du tout! car le seul gibier représenté el}. un lieu donné est le gibier' qui y fut traqué au titre de l'alimentation de la tribu et la traque du rhinocéros ne peut être située aux mêmes lieux et places que celle du mouflon., et tel site doit normalement être plus riche d'une certaine espèce que tel autre Ces sites étaient-ils marqués du sceau de leurs propriétaires? C'est là chose vraisemblable, et quels étaient ces signes? Et où figuraient ils ?

11 semble que certains graphismes, confus à nos yeux, pourraient être des plans ou des cartes de la région. Mais quelles conventions, quelles directions suivaient les graveurs? A cet effet nous nous sommes amusés, un soir, à interviewer quelques nomades qui étaient devenus des familiers de notre campement. Ils étaient trois jeunes adultes, certainement aussi analphabètes les uns que les autres; nous leur demandâmes s'ils pourraient dessiner sur le sol, le chemin à suivre de Foum Zguid à Sbar. « Bien sûr! » nous fut-il répondu sans hésitation. Pour éviter toute influence de l'un d'eux sur les autres, nous les avons séparés et laissés agir. Les résultats furent surprenants.

Ces hommes qui sur le terrain sont capables de faire preuve d'un sens de l'orientation remarquable, ne tiennent absolument pas compte de cette notion dans leur tracé.

Le premier nous a fait un dessin qui ne tenait compte que de son itinéraire qui menait droit à Sbar. Il laissait à gauche la piste Iriqui dont il n'avait que faire. Il la sortait de sa direction absolue pour lui laisser sa direction relative. A noter que les conceptions se retrouvent dans notre langage, « Aller droit à Paris» « laisser à gauche la route de ... ».

Le deuxième sujet s'intéressa aux divergences des pistes qu'il sanctionnait par des positions extrêmes.

Le troisième donna une représentation normale mais avec des détails explicatifs.

Pour ce qui est de la suite de la carte que chacun dressa les remarques étaient très intéressantes, tel fit tout en ligne droite, tel autre procède par tronçons. Chacun comportant sa vérité mais ne pouvant être rattaché aux autres que par quelques explications. Certain parcours revenait sur lui même, certain autre avait une facture serpentiforme simplement parce que la surface où s'exécutait le dessin s'avérait trop petite.

Aucune conclusion certaine ne peut être tirée de cette expérience modeste, mais peut être qu'une méthode de recherche pourrait en dépendre.

Nous avons fait quelques observations sur les outils recueillis.

Un hachereau en quartzite grise ne présentait qu'un tranchant poli sur les deux faces, le corps lui même était absolument informe

Beaucoup plus fréquents sont les outils en silex vert. La matière première abonde vers le Sud à quelques quarante kilomètres de là, vers le Draa. L'érosion nous l'offre sous la forme de lames épaisses de 10 à 15 mm ; moyenne de longueur 10 cm ; moyenne de largeur 2 à 3 cm. Ces lames parsèment le sol caillouteux de la plaine. Pour l'utilisation, elles furent à peine modifiées dans leur forme. Quelques centimètres carrés de polissage donne un hachereau. Il semble bien qu'on ait appliqué à la pierre le minimum de travail pour obtenir un outil tout de même efficace.

Mais cet outillage est-il contemporain de nos chasseurs, nous avons de fortes présomptions pour que ce soit. Pour le moment nous n'avons découvert aucun habitat certain, aucun amas qui puisse autoriser la stratigraphie. Ces chasseurs nomades vivaient probablement sous des tentes légères que les années n'épargnaient guère.

Les tribus ne semblaient pas être très nombreuses. D'ailleurs leurs terrains de chasse étaient-ils bien délimités? Le campement devait être assez éloigné, blotti au creux de quelque vallon et à proximité de points d'eau, l'odeur de la tribu humaine n'est guère agréable au gibier. Les centres de chasse, lieux de passage quasi obligatoires pour l'animal qui fuit n'étaient occupés que sporadiquement, soit au cours d'une battue, soit au cours de quelques manifestations magique préparant ou concluant l'acte de chasse.

Chaque zone de chasse devait donc posséder un certain nombre d'artifices naturels autorisant la « cache» des chasseurs la pose de pièges ... Chaque centre devait donc être selon sa position et sa configuration plus ou moins apte à la prise de tels ou tels animaux.

Les gravures sont là qui nous parlent de la faune traquée en ces lieux. Ces pages d'art animalier, que la pierre nous a conservé durant quelques quarante siècles, ne sont pas des pages de sciences naturelles mais plutôt des « galeries» un peu comme ces innombrables « massacres» dont sont encore ornées certaines des pièces d'habitation de grands chasseurs.

Leur inventaire doit être fait avec sérieux et une nomenclature complète de cette faune de l'époque des chasseurs pourrait être dressée, tant dans le domaine des mammifères que dans celui des oiseaux.

Dans la région de Mrimimah subsistent, encore actuellement, la gazelle, le mouflon et l'outarde ... c'est bien peu. Beaucoup d'espèces disparues de ces lieux semblent se retrouver dans les steppes sud sahariennes. Ainsi d'autres espèces disparues à jamais pourraient faire l'objet d'un classement.

A quel moment ces gravures étaient-elles exécutées?

Avant la chasse, afin de la rendre bénéfique? Alors l'artiste précédait de quelques jours le gros des chasseurs. (Artistes et prêtres si ces individus ne se confondaient pas) Mais le gibier est tellement méfiant que cela paraît peu vraisemblable.

Après la chasse? pour commencer l'exploit, cette notion paraît plus vraisemblable. La gravure, alors, est tracée sur le lieu même où la bête fut prise. Ce qui expliquerait que certains « foums » soient plus richement décorés que d'autres parce que plus passagers. L'artiste, si besoin est, agrémente la bête, qu'il dessine, de traits particuliers qui symbolisent la tribu ou, beaucoup plus douteux, le chasseur qui a réussi l'exploit. Plus douteux car il ne s'agissait certainement que de chasses collectives, alors certains signes chasseurs caractérisant telle tribu permettrait d'en suivre le déplacement.

On aimerait savoir jusqu'à quand ces lieux furent livrés aux chasseurs, car si, dans le Sahara central, le gibier a définitivement disparu, il n'en est pas de même de cette région de piémont.

Avant que les massacres imbéciles n'en viennent presque définitivement à bout les gazelles abondaient dans cette région. Vers le djebel Bani, au nord du Draa, dans l'anti-Atlas, vers l'Ouarkziz au Sud du Draa, le mouflon rescapé est encore abondant. La vallée du Draa est encore pourvue d'outardes de belle taille? C'est dire qu'il n'est point nécessaire de revenir plusieurs millénaires en arrière pour retrouver sporadiquement des conditions écologiques autorisant la chasse.

Le site de Mrimimah se complète d'autres sites qui semblent géographiquement liés à lui. L'un d'eux, situé à une quarantaine de km au Sud Est est en bordure d'une région qui, au printemps, lors de la fonte des' neiges du Haut Atlas, devient un vrai petit paradis. L'eau sourd du sol en abondance, formant par endroits de véritables marécages, et donne naissance à une végétation exubérante. Le visiteur, qui jusqu'alors n'a parcouru que plaines caillouteuses se trouve brusquement dans de véritables prairies submergées? Ce ne sont que chants d'oiseaux; les gazelles y sont abondantes, les nomades regroupés. Et ce, indépendamment du lac Iriki dont le processus de remplissage est tout a fait différent (il est à peu près certain que désormais, le barrage de Ouarzazate empêchera à jamais ce lac de se remplir).

C'est dire et confirmer que nos chasseurs auraient pu survivre jusqu'au début de notre ère. A cette époque, le petit éléphant Nord Africain devait encore exister mais le rhinocéros bicorne avait sans doute déjà disparu.

Le bœuf ibérique (bos ibericus), dont ont voit de fréquentes reproductions gravées était chassé dans cette région de Mrimimah comme d'ailleurs tout au long de Draa. Il semble prédominer sur les autres races de bœufs quant à l'abondance. Ce bœuf était-il domesticable ?

On a trop tendance à appeler antilope tout animal à cornes, c'est à dire à confondre famille et espèces. Il serait souhaitable qu'une tentative d'inventaire soit faite sur les gravures. Elle permettrait une différenciation entre espèces émigrantes et espèces à jamais disparues. Une remarque générale s'impose encore à nous:

Le félin gravé est rare sur les blocs de Mrimimah comme il est rare partout ailleurs sur les 6 ou 700 km qui longent le Draa de Zagora à l'embouchure du fleuve, mais ce caractère est propre aux animaux carnassiers dont l'homme s'est méfié Le carnassier est un rival dangereux. Par ailleurs, nous l'avons dit, l'homme n'estime pas sa chair. Or il est certain que l'abondance des herbivores s'accompagne de l'existence des carnassiers. Les chasseurs n'étaient guère attirés par l'étude de la faune qui leur faisait concurrence et leur art s'appliquait Surtout à la représentation des animaux comestibles.

Il y a quatre millénaires, l'homme n'aimait guère davantage le carnassier que nous ne l'aimons actuellement. Question de goût ou de chasse. Un carnassier de quelques dizaines de kilos est dangereux pour l'homme qui devient alors une proie. La domestication des carnassiers ne devait pas aboutir à un élevage alimentaire et à l'heure actuelle, rares sont les populations qui mangent chats ou chiens. Si l'homme a ensuite domestiqué le carnassier c'est souvent pour l'aider dans la chasse des herbivores. D'ailleurs, le carnassier est plus souvent dressé que domestiqué. D'où vient cet interdit de consommation de viande d'animal carnassier, peu importe. La préhistoire nous révèle, en tout cas, que déjà ce tabou existait et que sa pérennité est une constante humaine.

Ainsi l'homme de Mrimimah n'a guère chassé ce concurrent. Tout au plus lui arriva-t-il au cours d'une chasse ou par surprise d'avoir à se battre contre l'un d'eux. Peut-être qu'alors l'artiste a voulu graver sur la pierre l'issue heureuse du combat.

Par la suite l'homme domestiquera certains carnassiers, ce sera pour en faire des aides mais pas une nourriture. D'ailleurs le carnassier est plus souvent dressé que domestiqué.

L'autruche abondait certainement; elle est bien représentée, mais d'autres oiseaux abondaient également et il n'est pas toujours aisé de distinguer :autruches, outardes, flamants, grues, canards, hérons.

Pour si réaliste que soit que soit le graveur ce ne fut certainement pas par réalisme qu'il exécuta ses représentations. Les motivations, nous voudrions bien les connaître. Nous retiendrons que les statistiques que l'on peut dresser à partir des gravures n'autorisent nullement le zoologue à conclure définitivement quant à la faune du lieu et de l'époque.

Comment chassaient ces hommes? Il ne semble pas que nous ayons su découvrir de grands ensembles-pièges. La méthode classique devait être la battue. L'équipe qui rabattait le gibier semblait devoir aller le chercher assez loin et, lentement, l'amener vers cette portion resserrée de l'oued Zguid. Actuellement, encore, cette partie du lit est fort bien boisée en arbustes divers, tels que les tamaris Il devrait être plus abondamment fourni à cette époque et lieu de refuge pour certains gibier et il était également un lieu de « cache» pour le chasseur. D'autres chasseurs devaient occuper les crêtes; blottis à l'abri des blocs rocheux, ils attendaient le gibier qui fuit en découvert: antilopes, mouflons, gazelles, etc.

L'arme devrait être de bois qu'elle fut lame, épieu, ou gourdin. Le piège devrait utiliser force lanières de cuir ou cordes tressées. Peut être était-il souvent fait de filets. Des fosses étaient camouflées dans le lit de l'oued où elles sont faciles à creuser car dans la plaine caillouteuse le sol est trop dur, le temps nécessaire trop conséquent, et la probabilité de passage trop faible.

Ce gibier était bien consommé quelque part ? Comment en retrouver des traces qui aideraient tellement à une datation?

le climat actuel conserve bien les os mais le campement des chasseurs devait être sollicité par les charognards tels que hyènes, ou chacals ... autant qu'il peut l'être actuellement. Alors ... sitôt libéré le campement était nettoyé.

Enfin ces hommes, quel devenir fut le leur? Chassés à leur tour partirent-ils ailleurs ou bien surent-ils se sédentariser? Le bœuf revient fréquemment dans les représentations graphiques et cela à toutes les époques. Trois ou quatre espèces différentes peuvent être notées. Le chasseur qui a traqué un troupeau de gazelles a fort peu de chances de retrouver ces bêtes. Véloces, bien adaptées au terrain elles fuient fort loin. Il n'en est pas de même du troupeau de bœufs sauvages. Cet animal ne peut fuir très longtemps. Tous les terrains ne lui sont guère favorables. Il doit demeurer à proximité des vallées d'oueds. L'homme va le retrouver, le suivre à distance. Il faudra bien que l'animal s'habitue à cette présence. Certes il est domesticable mais non encore domestiqué et il faudra beaucoup de temps pour que l'animal accepte cette présence, et il faudra beaucoup de temps également pour que l'homme découvre la richesse que ce comportement cache et qu'il invente la domestication. Peu à peu la tribu humaine devient parasite du troupeau et une vie en communauté s'impose. L'homme le plus doué saura approcher le troupeau sous quelque déguisement, ou grâce à quelque artifice inventé? Cet homme prendra une place privilégiée dans la tribu. Et peut être que ces scènes d'approche d'animal que l'on trouve gravées ont quelque rapport avec ces tentatives? Bientôt peut être viendra l'instant où l'animal a abattre aura été choisi auparavant L'homme ne sera plus chasseur, il sera boucher.

De génération en génération, l'homme découvrira les qualités, les habitudes de son commensal. Cette lente évolution tient du merveilleux, car l'animal a autant agi sur l'homme que l'homme a agi sur l'animal.

Ce gibier sur pied qu'on suit aussi souvent peut être qu'on le fait suivre, prend pour l'homme sur le plan émotiOlU1el une importance grandissante. C'est une chasse gardée et la tribu propriétaire doit se dépendre des concurrents éventuels.

Le troupeau a du très vite prendre un sens sacré. Tuer une bête est une mutilation que la tribu doit se faire pardonner par l'observation stricte de certains sites qui naissent peu à peu de la cohabitation et lentement ce qui était acte de chasse devient sacrifice. Le rite se poursuivra jusqu'à nos jours, la bête sacrifiées est partagée entre tous les membres participants, comme cela se faisait pour la tribu.

Et dans cette image du chasseur pasteur qui s'avançait seul vers le troupeau pour y choisir la bête à sacrifier et adroitement l'entraver n'y a t-il pas comme un arrière-point des jeux de l'arène.

Plus tard, lorsque l'homme sera devenu éleveur il aura quitté Mrimimah. Il se sera réfugié vers ces « foums ») du Djebel Bani où l'eau est plus abondante. Il se sédentarisera entre Bani et Anti Atlas. Il aura conservé l'habitude de confier ses messages à la pierre et laissera ainsi les plus beaux sites de l'époque Bovidienne.

Ces gravures de Mrimimah, les voici. Elles s'étalent sur plusieurs millénaires. Les cercles concentriques de l'époque archaïque sont tout aussi patinés que la pierre support, l'érosion les rend difficilement lisible. Ils sont complétés de graphismes aussi difficiles à déchiffrer qu'à interpréter.

Et puis c'est l'âge des chasseurs. Le dessin est très réaliste. L'artiste a parfois laissé des merveilles. Jamais toutefois elles n'atteindront les perfections de celles qu'on découvre dans le grès plus tendre. C'est qu'ici, le trait net, profondément gravé serait trop long à obtenir. On se contentera de traits incisé ou de piquetage, ou de décapage. L'instrument du graveur sera sans doute un de ces morceaux de quartz qui se retrouve en abondance à proximité de la crête, abandonnés après usure ou usage.

Et puis, la gravure perdra de ses qualités esthétiques. L'animal représenté est à peine esquissé. Le trait est plus léger le pointillé bâclé. La taille de la gravure devient plus modeste. Quelques exemplaires toutefois seront encore beaux. Le corps de l'animal se compartimente. Les attributs céphaliques apparaissent ainsi que d'autres signes culturel~, car une culture naît lentement, s'élabore péniblement. L'anxiété du lendemain pousse l'homme à faire en sorte que les choses passées se renouvellent, car l'homme veut savoir ce qu'il faut faire et comment il faut le faire, car déjà il devine dans ce monde hostile l'existence d'une certaine logique .

Hommes d'il y a 4 ou 5 millénaires, partis semble t-il sur la pointe des pieds, hommes oubliés, voici que tout à coup vos descendants du vingtième siècle vous retrouvent et cherchent anxieusement ce que fut votre vie d'un autre âge, et l'émotion les étreint devant ce trait de la roche qu'un jour une main a ébauché.

Homme de Mrimimah tu n'es encore qu'un instrument de la nature mais tu as déjà fait le premier pas vers une toute autre condition ».

 

« Quand mon ami Jean Paul a écrit ce texte nous venions de rentrer du dernier voyage dans le Sud qu'il avait voulu faire.

Le dernier voyage avant sa fin qu'il savait proche et malgré ses souffrances. Une dernière fois, un dernier jour, une dernière nuit ses adieux au Sahara.

Quelques jours après il mourrait à Paris dans une ultime opération.

Ce texte que je l'ai vu écrire devant moi, qu'il me commentait faisant semblant de croire ou de nous faire croire qu'il serait sauvé encore une fois,·il m'a fallu trente ans pour l'ouvrir et recopier l'écriture tremblante, les ratures, les notes ...

Adieu Jean Paul

Robert Letan, Casablanca, 9 juin 2002 »

 

 

Papa en montagne.

 

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Papa, déjà malade, se protégeant du soleil suite à sa radiothérapie. Photo prise à la villa des Marcellesi (consul adjoint de France à Marrakech), chapeau prêté par Nikki Marinakis née Marcellesi.

 

papa

 

Ca y est l'article est complet mais le MAN ANA  de Jacques n'est pas encore terminé.  Il a mis toute sa sensibilité  dans ses écrits et nous ne pouvons que la partager...Cela nous promet encore de la lecture pour les prochaines semaines..

Mes AMIS, je souhaite, au dessus de vos têtes, le retour de l'anticyclone promis par les spécialistes météorologues télévisuels. Que le soleil viennent réchauffer nos carcasses (Je n'ai pas osé écrire "Vieilles carcasses") et nous permette de nous retrouver bientôt.

Votre toujours MICHEL

 

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02 mars 2014

Le Carnaval et MAN ANA 14

C'est dimanche, depuis 12h le soleil pointe son nez et je viens vous saluer.

Hier soir, à Sarburg, avait lieu le traditionnel défilé de carnaval... toujours en nocturne...Je tenais à vous en montrer quelques photos.

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Les chars illuminés.

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De nombreux groupes de joyeux participants et de jolies filles...

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Mais aussi des déguisements de Grand Mère.

Je profite de l'article d'aujourd'hui pour fêter à toutes celles qui le sont déjà, une bonne fête des Grands Mères...

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L'ambiance était maintenue par des orchestres répartis le long du parcours...

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Encore deux photos qui vous prouveront que la soirée fut bonne

 

Cet année, la lumière était présente partout. La multiplication des ampoules à basse consommation et surtout les LED ont permis la construction de chars bien illuminés et les groupes en ont aussi profitée.

Un public nombreux s'était massé sur le parcours du défilé qui a traversé la ville pour finir à la salle des fêtes où était organisé un bal.. Il a été distribué, 500 kg de chocolat et 800 litres de vin....

La météo s'étant améliorée quelques heures auparavant et les carnavalistes ont pu ainsi bénéficier d'un temps sec et plus trop froid.

Il y a des défilés, ce dimanche, dans plusieurs petits villages autour de Saarburg. Demain c'est à TREVES, mais je n'irai pas. Je vous ferais des photos du défilé de Serrig, mardi après midi....Promis....

Maintenant, la suite du Man Ana de Jacques que vous attendez certainement tous.

 

Voyage avec Pierre 

Papa était malade. Il avait déjà subi une première opération à Paris et, pour remercier ses amis Testemale, il leur avait proposé d'emmener leur fils cadet Pierre avec lui, pour lui faire visiter le Maroc. 

Pierre passa quelques jours à Marrakech avec Papa et Michel, puis je rejoignis le Maroc pour mes vacances et, tout naturellement, nous programmâmes une virée dans le sud. 

Cette année-là, la région de Tarfaya continuait de nous attirer. J'avais commandé à l'IGN de Paris la carte de la région à grande échelle, et elle vint naturellement compléter la couverture en cartes à grande échelle que nous utilisions depuis des années. 

Une carte, une boussole, des talkie-walkie, une solide expérience du sud, et nous voilà partis avec la Land-Rover chassis long, la tente, et tout l'attirail nécessaire. 

En particulier, la caméra 8mm Canon de papa, véritable pièce de musée, qui a fait tout le sud y compris à dos de chameau avant d'être soigneusement rangée, détrônée par la caméra super 8 Pathé Webo avec objectif Angénieux qui représentait ce qui se faisait de mieux comme matériel cinéma avec ce nouveau format. Sauf qu'elle pesait un âne mort... 

Nous voilà partis vers Tan Tan, et après les ravitaillements indispensables en cigarettes et caramels espagnols, nous prîmes la route de l'intérieur, vers le poste d'Abatteh. 

Au bout de quelques kilomètres, la piste serpenta dans un désert essentiellement fait de collines de quartzite gris, sans aucune végétation. Un décor totalement lunaire, mais la piste ne filait pas dans la bonne direction. Elle s'incurvait vers l'Est et prenait la direction de l'Algérie en passant pas Zag, ce qui n'était pas du tout notre route. 

Demi-tour, donc et retour à la case départ avant de prendre l'autre piste ; en 1971, ni panneaux indicateurs ni GPS, et pas d'indigène non plus pour nous renseigner. 

Nous finîmes par retrouver nos points de repère sur la carte, et par arriver au fort d'Abateh, sur le haut oued Chebika. Arrêt au poste, bien sûr, où nos identités furent soigneusement relevées. Michel et moi avions la carte verte d'étranger marocaine, Pierre avait son passeport français. 

Le chef de poste nous proposa bien sûr un guide jusqu'à Tarfaya, mais nous refusâmes lui montrant notre carte IGN.

« Mais c'est une carte militaire ! »

« Non, c'est une carte que j'ai acheté en France, et qui est en vente libre ».

Le document n'étant vraisemblablement pas classé « secret défense », il insista nous demandant si nous savions relever un gisement. Lui ayant expliqué qu'avec une boussole et un point culminant, il nous était aisé de savoir où nous étions, il finit par capituler et nous laisser partir. 

A nous les grands espaces, il suffirait de repérer la piste qui partait vers la droite 80 km plus loin pour obliquer vers Tarfaya. 

Peu après avoir quitté le poste, des taches d'humidité avec des cigognes nous amenèrent à essayer de les filmer, avec des ruses de sioux. Peine perdue, les bestioles étaient d'une méfiance incroyable ! Il ne nous fut pas possible d'obtenir des plans rapprochés, même en les rabattant sur le cameraman par un savant mouvement d'encerclement piloté par radio. 

La nuit tombant, nous plantâmes la tente et passâmes notre première nuit en plein désert. 

Pierre s'accoutumait au rite du plantage de tente, de cuisine, de petite veillée au clair de lune, et du dodo parce qu'il n'y avait rien de mieux à faire. Dur pour un parisien, une nuit sans autos, sans métro, sans ciné...

 

Le lendemain, quelques gouttes de pluie vinrent nous surprendre. Nous repliâmes la tente un peu mouillée, mais surtout beaucoup plus lourde. Nous la ferions sécher plus tard. 

Nous reprîmes notre route tranquillement, nous arrêtant de temps en temps pour chercher des silex, ou observer la quantité invraisemblable de lichens collés sur des pierres de petite taille. A tel point que le sol avait une teinte verdâtre, sans un seul brin d'herbe toutefois. 

Nous guettions la piste qui devait partir vers la droite, mais l'absence de point de repère s'avérait déroutante.

 Même le sommet sur lequel nous comptions pour vérifier notre progression était difficilement discernable.

 Le pique-nique du midi, dans un lieu totalement isolé de tout, nous vit déployer la tente pour la faire sécher, pendant que nous mastiquions notre sandwich kesra sardines à l'huile et que nous fantasmions sur l'éventualité du passage d'un avion qui repérerait la tente bleue étalée sur le sol.. Finalement, des « terroristes » ne s'amuseraient pas à se signaler ainsi... 

La carte nous indiquait que la piste devait obliquer vers l'ouest en longeant un oued qui se creuserait petit à petit. En suivant l'oued, de toutes façons, nous arriverions à la mer, quelque soixante dix kilomètres plus loin toutefois.

Sur notre gauche, le lit de l'oued Khaoui Naam se creusait. La route était bonne. Au loin, nous distinguons une construction en pisé. Un poste militaire abandonné ?

Sur la gauche, une décharge de bouteilles vides. Il fait soif dans le Sahara, et les ordures inertes telles le verre étaient souvent stockées en plein air. Un petit arrêt nous fit identifier Fanta et Coca, mais c'était un peu juste pour déterminer l'âge du dépôt pas si archéologique que cela. 

Nous remontâmes dans la voiture et nous rapprochâmes du poste. Nous voyions flotter un drapeau au mât, et il s'agissait du drapeau Espagnol ! 

Merde ! On avait passé la frontière sans s'en rendre compte, et on était en Espagne. Au Rio de Oro précisément. 

C'est le moment que Pierre choisit pour faire sa crise de parisien et s'écrier : « Moi, je suis antifranquiste ! ».

 Une petite explication de texte ferme l'incita à continuer de militer sur les Champs Elysées, mais ici il valait mieux éviter ce genre de proclamation, les geôles locales pouvant s'avérer inconfortables. Déjà qu'on était entrés chez eux sans le demander, si en plus on les énervait, on allait avoir des ennuis sérieux.

 On  s'approcha du poste, une sentinelle en sortit, pistolet mitrailleur à la main. Nous comprîmes qu'il valait mieux nous arrêter, éviter de dire que l'on avait des radios, et méditer en silence sur l'absence de matérialisation de la frontière. Quand on sait d'autre part avec quelle minutie les espagnols marquaient leur frontière dans les Pyrénées à l'époque, le fait de la traverser était encore plus saugrenu.

 Le dialogue s'engagea, nerveux, et mon espagnol me revint à vitesse grand V.

« Donde estàn los otros ? » (où sont les autres).

« No hay otros, estamos tres » (il n'y a pas d'autres nous sommes trois)

« El vehiculo se parà y han salido dos » (le véhicule s'est arrêté, et deux sont descendus)

«  Hemos salido tres, y hemos entrado tres » (trois sont sortis, trois sont entrés)

« De donde vienen » (d'où venez vous)

« De Tan Tan ».

« Que haceis aqui » (que faites vous ici)

« Turismo » 

Conciliabule entre eux. Des touristes dans ce coin cela ne courait pas les rues ! Finalement, un militaire nous fut adjoint et on nous intima l'ordre d'aller voir le contrôle civil, sur l'autre rive de l'oued où nous voyions un petit village. 

La descente et la remontée étaient goudronnées, indice que ceci devait être fréquenté comme itinéraire, bien qu'ensablé à mi-côte. Le guide me conseilla de mettre la land en 4x4 pour franchir le bout de dune. A tout hasard, j'avais repris le volant des fois que l'on me demande aussi le permis. Evitons les risques.

Mon espagnol, hésitant au début, devint de plus en plus fluide, entrecoupé d'expressions idiomatiques, tout ceci me ramenant à mon séjour dans une famille espagnole plusieurs années auparavant. 

A mes interlocuteurs civils, j'expliquai que nous nous étions bêtement trompés de quelques kilomètres au départ (comment on dit se tromper, déjà ? Ah oui, Equivocar ! C'est imprimé depuis dans ma tête). Je montrai la carte IGN, avec l'itinéraire que nous devions prendre, nous produisîmes nos passeports (nous avions toujours avec nous les cartes de séjour marocaines et les passeports, des fois que... Ce coup-ci, ça servit !). 

J'étais hyper stressé et j'échouai au « test de la cigarette » que l'on m'offrit et que je n'arrivai pas à allumer tellement je tremblais. 

Bon, on m'expliqua que l'on demandait par radio à El Ayoun (la capitale, Lâayoune maintenant) que faire de nous. Réponse dans une heure, lors de la prochaine vacation radio. 

Tout fonctionnait : radio, autorités civiles, et cela nous changeait du Maroc où souvent les radios étaient en panne, les téléphones ne marchaient pas, ou bien où tout marchait mais où c'était le groupe électrogène qui ne marchait pas, et sans électricité, la technologie... 

Sur la parking, nous devînmes l'attraction de Hagunia. Les gamins, qui parlaient tous un espagnol parfait, avaient écrit « Turismos Perdidos » sur la bâche pleine de poussière de la jeep. 

Michel fit un petit foot avec quelques uns d'entre eux eux. 

Un habitant du coin arriva, flanqué d'une femme d'un âge apparemment assez avancé et nous demanda si nous souhaitons tirer un coup avec elle (sί quieres joder...). Notre état mental et l'état de fraîcheur de la personne nous incitèrent à décliner poliment cette proposition, pas folichonne quand même. 

Un légionnaire nous fit une démonstration de réparation de pneu de jeep crevé. Pour décoller de la jante un pneu qui est assez voisin de celui d'un poids lourd, il montait tout simplement dessus avec la Land-Rover ! Le pneu se décollait et s'affaissait, il pouvait changer la chambre à air avec des démonte pneus énormes. Nous n'en perdîmes pas une miette, car il s'agissait des mêmes pneus que nous et il faut bien reconnaître que nous n'avions jamais crevé avec cette Land. 

Finalement, vers seize heures, la voie nasillarde de l'opérateur donna la réponse : « Conducir los hasta Tarfaya, Cambio. » (conduisez les jusqu'à Tarfaya. A vous.) 

Le militaire qui nous avait escorté fut commis pour nous conduire jusqu'à un poste qui est sur la route goudronnée, où nous ne pourrions plus nous perdre. Il nous resterait alors à rentrer au Maroc par le Sud...

Si on voulait bien nous autoriser à le faire. 

Donc, direction le poste de Daora. 

C'est de la vraie piste saharienne qui nous attendait, avec gazelles, dunes et tôle ondulée faite à soixante dix à l'heure, ce qui nous obligea à atteindre cette vitesse pour ne plus avoir l'impression que le véhicule se désagrégeait. 

La tôle ondulée est une ondulation du terrain qui se forme sur les pistes. Générée par les roues des véhicules, sa longueur d'onde dépend de la vitesse des véhicules qui l'ont faite. En dessous de cette vitesse, il faut rouler au pas sinon les ondulations nous secouent, de plus en plus en augmentant la vitesse jusqu'au moment où l'on « vole » de crête en crête sur la tôle, et où tout devient presque calme. Par contre, la maîtrise de la trajectoire avec aussi peu d'appuis sur le sol est parfois délicate. 

Au moment de la survenue du coucher de soleil, notre guide nous demanda de vouloir bien nous arrêter pour la prière du coucher de soleil. Nous admirâmes le tolérance du christianisme espagnol (et ce n'était pas rien en 1971) qui gérait l'Islam dans le respect de ses temps de prière, et nous arrêtâmes le véhicule au milieu de nulle part comme d'habitude.

 Par discrétion, nous fumions notre cigarette derrière la Land, mais le guide priait, le fusil en travers des genoux, avec des regards fréquents dans notre direction. Nous ne voulions pas troubler son recueillement, mais nous ne voulions pas non plus être gardés à vue. Lui, de son côté, ne nous perdait pas de vue, des fois que. Et puis, la sentinelle doit avoir toujours le dessus... 

Le soleil ayant disparu, nous repartîmes et arrivâmes à le nuit tombante à Daora. Contact avec l'autorité civile, embarrassée, qui finit par prendre le problème à bras le corps. Finalement, le « señor que habla espagnol perfectamente » (c'est moi) leur enleva une épine du pied, celle de l'hébergement. Les bureaux étant fermés, nous repartirions le lendemain matin. Mais je les rassurai, nous camperions dans le véhicule et donc pas besoin de nous trouver un gîte pour la nuit, une geôle par exemple ajoutais-je mentalement. Cette solution rassurant tout le monde, nous nous entassâmes dans la Land, Pierre, plus petit, en travers du siège avant (3 places), Michel et moi en aménageant les bagages à l'arrière pour pouvoir nous y allonger. 

Le lendemain, les autorités nous remirent nos passeports et nous indiquèrent la route goudronnée conduisant à Tah, le poste frontière avec le Maroc, où nous arrivâmes sans encombre. 

Bien que ce fut le matin, des cohortes de camions étaient déjà en train d'échanger à la frontière : les Pegaso espagnols transportaient couvertures, tabac, hifi et autres qui faisaient la richesse de Tan Tan et les Bedford ou Thames rouges marocains déchargeaient des fruits et des poissons en provenance du nord. 

Les papiers visés, nous nous aventurâmes dans le no man's land jusqu'à une cahute surmontée d'un drapeau marocain, le poste de douane local. 

On ne nous fit aucune difficulté pour entrer, on nous demanda simplement de passer à Tarfaya (30 km plus loin quand même) et d'aller au bordj faire viser nos papiers. Et ce fut tout ! Il faut dire que le poste frontière était particulièrement misérable, et l'activité très réduite en dehors des camions stationnés cul à cul dans 1e désert. 

Nous voilà donc au Maroc. La route longe une sebkha, la sebkha Tah. Une sebkha c'est une dépression qui peut se trouver au-dessous du niveau de la mer. Celle que nous longions se trouvait à une dizaine de kilomètres du littoral, et descendait à 55 mètres en dessous du niveau de la mer. 

Michel ne put résister au plaisir de descendre en bas de l'effondrement, pas au fond toutefois, et nous ne distinguâmes aucune piste susceptible d'y accéder. Y remonter lui ouvrit quelque peu l'appétit. Pique nique au bord de la sebkha, et en route vers Tarfaya ! 

Nous retrouvâmes la ville à peu près inchangée, si ce n'est la présence d'un hélicoptère, des gisements offshore étant en cours d'évaluation au large de Tarfaya. 

Arrivée au poste, nous présentâmes nos passeports. Pour Pierre, aucun problème, il était résident à Paris. Pour Michel et moi, résidents à Marrakech, nous dûmes ressortir notre carte de séjour marocaine, qui se vit gratifiée d'une autorisation de séjourner à Tarfaya une journée. Et ce fut tout ! Notre escapade hors frontières s'était somme toute très bien déroulée.

 

Trois ans plus tard, la « Marche Verte » voyait l'entrée de 350000 civils sur le territoire du Sahara espagnol, dont l'Espagne se retira alors après l'avoir partagé entre le Maroc et la Mauritanie. 

C'est le coeur léger que nous remontâmes vers Marrakech, jouant et filmant les différents moments de notre errance saharienne : la tente qui se déplace « toute seule » afin de trouver un espace adéquat, le croisement parfois forcé  avec des camions qui ne laissent pas facilement leur place, la descente acrobatique dans l'Oued Chebika, une des dernières fois car le goudronnage était en route et le futur radier, plus en aval, en construction. La route avançait, bientôt on irait à Tarfaya en voiture de tourisme sans quitter le ruban de goudron qui avait poussé depuis 1965 à partir de Goulimine. Cela ne nous affecta point, tant il restait de coins en dehors de la route goudronnée, qui nous réserveraient des surprises. 

De retour à la civilisation, une brève halte à Agadir chez nos amis Landau nous permit de prendre une douche, de téléphoner à papa pour lui dire que nous étions en vie mais avec quelques changements de programme qu'on lui narrerait plus tard.

Dédé en profita pour nous montrer le ravissant trou qu'il avait fait dans le plafond de sa villa le jour où il avait oublié de décharger son fusil de retour de la chasse au pigeon ou au perdreau. Il avait eu la chance que le coup ne parte pas dans la jeep, car il rangeait ses fusils dans un compartiment sous le toit, en direction de sa tête ! Il y a un dieu pour les chasseurs. 

Le retour à Marrakech le lendemain vit une dernière anecdote. Nous empruntâmes la voie directe Marrakech-Agadir, en cours d'aménagement, qui comprenait encore une partie de piste. Quelques mois plus tard, elle serait goudronnée complètement et Agadir deviendrait très aisément accessible depuis Marrakech en passant par Imin'Tanoute et l'Anti Atlas. 

Une dernière aventure nous attendait : celle du camion en panne au milieu de la piste, bloquant la circulation, une classique toutefois.

Je résumai ainsi la situation à un couple de touristes qui faisait la liaison vers Marrakech à bord d'une Ford Mustang, accompagnée d'un chien énorme ébouriffé, race Chow Chow : « le camion est en panne : il n'a pas de freins, pas de câble pour se faire remorquer. Il n'y a plus rien qui marche sauf le moteur, et vous n'avez pas de chance : il vient de tomber en panne ». 

Finalement, avec la Land-Rover, nous passâmes sans difficulté sur le côté, sur de petites terrasses au-dessus du lit de l'oued. Nous fûmes ensuite imités par tout un tas de véhicules, qui adopteraient immédiatement notre « déviation ».

La narration de nos aventures à Marrakech fit quelque peu frissonner le paternel, mais la maîtrise avec laquelle nous avions géré notre bourde le remplit aussi de fierté, même s'il n'en laissa rien paraître.

Pierre se tua en montagne l'été suivant.

 

visatarfaya

 

Page de la carte d'étranger avec l'autorisation de séjour d'une journée à Tarfaya le 17/12/1971.

 

 

Voila chers amis, l'article d'aujourd'hui se termine...J'ai l'intention, pour les semaines à venir de vous faire partager quelques souvenirs de ma jeunesse. Et je voudrais commencer par les écoles primaires..Je vais donc vous mettre à contribution.

J'allais à l'Ecole du Guéliz et c'est donc par celle ci que je vais débuter. Une description la plus réelle possible (Suivant ma mémoire). Aidez moi, camarades qui y êtes allés, du coté garçons. Aidez moi à retracer la cour, le préau, les sanitaires, les oliviers, les murs où s'appuyaient les baraques à noyaux d'abricots et tout le reste...Les filles dites nous aussi ce qui se passait derrière la porte de bois qui séparait les deux cours et qui attirait tant les grands garçons. Ceux du CM2.

Si vous avez fait vos universités dans une autre école de Marrakech, faites la même chose et donnez moi du "Grain à Moudre". Notre Blog méritera ainsi son nom : Notre Marrakech entre 1945 et 1970.

Alors à vos claviers. Si vous avez quelque chose à nous dire, envoyez moi un courriel (Vous avez tous mon adresse E.Mail ou pour ceux qui ne l'aurait pas, écrivez par la rubrique "Contacter l'auteur" sous ma photo en haut à gauche..)

Merci d'avance...Bonne semaine à tous, votre toujours MICHEL

 

 

 

 

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23 février 2014

Deux visites et MAN ANA 13

Bonjour les amis....Je vais commencer par souhaiter un bon anniversaire à notre ami BERNARD (qui pour le moment est injoignable au téléphone).
Puis je vais faire part des derniers commentaires provenant de lectrice et lecteur occasionnels, mais qui recherchent des contacts ou des renseignements sur leurs familles de MARRAKECH.
D'abord, Honneur aux dames...
Bonjour chère inconnue( Peut être Danielle ou Dany)  le 2 Avril 2010 tu avais mis un commentaire sur notre Blog et tu disais ceci :
Bonjour à tous aujourd'hui je suis allée faire un petit tour vers la cité FOUQUE par l'intermédiaire de ce site en pensant y trouver très peu de renseignements. Je suis la fille d'une dame qui a vécu toute son enfance et son adolescence dans cette cité. Mon grand père Monsieur PAPPAS y tenait la petite épicerie qui s'y trouve encore et bien avant cela le salon de coiffure qu'il avait monté à cette époque aussi que d'émotion pour moi de découvrir cet endroit magique qui resurgit après tant d'années de ma mémoire, ma maman me l'ayant tant de fois décrit. J'ai quitté le Maroc en 1956 je n'avais que 3 ans mon rêve revenir dans mon pays de naissance cher à mon coeur peut-être que parmi vous il y a des personnes qui ont connu mes grands parents ou peut-être ma maman et mes tantes. Merci à vous tous de m'avoir permis de rêver pendant ces moments de lecture et de découverte merci.
 
Et...... miracle du Blog des Marrakch'Amis, hier il y a eu une réponse de la part de CHANTAL  que je salue ici.  
 
La voici : Je découvre tardivement votre message. Je connaissais votre grand-père! Il me donnait des caramels. Mes grands-parents ont vécu cité Fouque avant de déménager au quartier industriel. Mais nous y revenions souvent voir les amis. Je vais demander à maman (bientôt 89 ans) si elle a connu vos tantes. J'ai quitté le Maroc en 1961, et j'y suis retournée de nombreuses fois jusqu'en 1995.
 
Vous me connaissez suffisamment pour savoir que j'ai bien entendu mis ces deux dames en contact en souhaitant qu'elles retrouvent quelques points communs et qu'elles fassent encore une fois, revivre notre belle ville de Marrakech.
 
Aujourd'hui, c'est Ghislain ou Ghislaine (Le prénom est abrégé) qui nous écrit ceci : 
 
Bonjour à tous, je recherche des amis à mon père qui a vécu à Marrakech dans ces années c'est a dire qu'il y est né en 1943, il y a vécu jusqu'en 70, il est décédé depuis 5 ans. Il s'appelle William BRUSSE (surnom "Billy"). Ça me ferait tellement plaisir d'avoir des petites anecdotes sur sa jeunesse à Marrakech... Sincères salutations
 
Né en 1943 et présent à Marrakech jusqu'en 1970, il doit être connu par certains d'entre nous...J'avoue que le nom ne me dit rien, mais j'ai certainement du le cotoyer au cours de toutes ces années communes. Je vais donc vous demander de rassembler vos souvenirs et de me les envoyer pour que je lui en fasse aprt ou de les écrires dans les commentaires qui sont à votre disposition...
Merci d'avance pour lui et pour le Blog...
 
A l'occasion des inondations dont plusieurs d'entre vous ont été victimes, j'avais proposé de mettre des images de celles que vous avez vécues....
C'est PATRICIA, débordante de vie comme les rivières qui bordent l'endroit où elle habite (Je vais supprimer l'habite pour écrire "où elle demeure", car je ne voudrais pas qu'on se méprenne)....c'est donc Pat33 qui me fait parvenir ces photos que je vous montre ici....
 

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Je pense que maintenant les eaux ont retrouvé leur lit et que ta "dedeuch" n'essaye plus de se prendre pour un bateau....
Merci PATRICIA de nous avoir fait partager ces moments difficiles et qui j'espère sont maintenant en voie d'oubli....
 
J'aurais encore eu quelques petites choses à raconter, mais comme la période de Carnaval a débuté hier, je vais attendre que les festivités de Saarburg et Serrig soient passées pour vous en montrer quelques photos (comme chaque année) et continuer mon petit bavardage.....
 
Je laisse maintenant la place à JACQUES pour le Man Ana 13.
                                                                 Voyage avec Angelou

Cette année-là, je suis rentré à Marrakech et Papa n'y était pas. Sans nous l'avoir dit, Papa était  malade. Il avait une dernière envie, aller visiter l'Amérique du Sud. Il avait donc décidé de s'offrir avec le Touring Club de France, un voyage extraordinaire de trois semaines Brésil-Argentine-Chili-Pérou. 

Agence de voyages avant la lettre, avant l'extraordinaire essor du voyages toutes destinations et tous budgets, le Touring Club de France nous avait déjà permis de visiter le Canada et le Mexique. 

Papa voulait terminer sa découverte du continent américain par sa partie hispanique. Pour des raisons sans doute liées à son histoire personnelle, il refusait catégoriquement de visiter ou d'admirer les USA. 

Pour autant, je n'avais pas l'intention de renoncer à mes vacances marocaines. Il fut donc convenu qu'à Casablanca, je récupérerais chez Letan la voiture paternelle, une Fiat 2300, que je me rendrais à Marrakech où mon frère m'attendrait. Et qu'après on verrait. 

Au sortir de l'aérodrome de Nouacer, je fus tout d'abord obligé de prendre un grand taxi pour aller à Casa, les petits taxis ne pouvant pas sortir des agglomérations. Ces grands taxis étaient (et doivent encore être) de caboteurs routiers, prenant ou laissant au gré de leur itinéraire des clients souvent dotés de bagages encombrants (vélos, moutons). Véritables taxis collectifs, ils constituent un moyen de déplacement vital pour toute une population dépourvue de véhicules. 

Celui dans lequel je me déplaçai était caractéristique. Une grosse américaine âgée d'une bonne vingtaine d'années. Il me chargea en direction de la rue de l'Isère à Casablanca et commença par s'arrêter et me demander cinq dirhams pour mettre de l'essence ! 

Puis il me conduisit à la rue de l'Yser. Homophone de la rivière alpine, le fleuve belge n'en était pas pour autant ma destination. Lui expliquant que ce n'était pas le bon Isère dans le quartier du polo, il me conduisit alors au... commissariat de police. Là, il me demanda froidement d'aller me renseigner, car lui aurait été éconduit. 

Nanti des indications idoines, il finit par me déposer devant la porte des Letan, où je récupérais la Fiat, avec le commentaire « les pneus sont un peu lisses ». Pas de bol, c'était un jour de petite pluie au Maroc, et les pneus « General » étaient tout sauf des pneus pluie. J'appris bien vite à doser freinage et accélération sur une chaussée présentant des points communs avec une savonnette, et je finis par rallier Marrakech sans trop de casse. 

Le temps de retrouver mes marques, je m'aperçus que Jacques, le copain avec qui j'avais révisé le bac, était venu passer les vacances avec deux copines. En trois phrases, nous décidâmes de partir tous les cinq faire une petite virée dans le Sud. 

La grosse Land-Rover fut bien vite apprêtée, l'épicier du petit marché dévalisé, et nous voilà partis vers le Tizi n'Tichka, porte du Sud ! 

Nos trois compagnons faisaient des études de biologie, comme moi, et nous discutions énormément de biologie et de géologie. Lui voyait des charophytes partout dans les oueds, moi je décrivais les parties florales des Calotropis Procera (asclépiadacées) ou les plissements de terrain qui se lisaient dans les paysages. 

Arrivés à Foum Zguid, les formalités de déclaration faites au poste, nous allâmes divaguer vers la piste de Sbah, qui filait vers le Dra peu après Foum Zguid.  

En train d'explorer une crête rocheuse qui pourrait recéler des gravures, nous voyons Anne-Marie qui vient vers nous blanche comme un linge : « je viens de me faire mordre par un serpent ». Elle circulait à pieds entre les cailloux quand elle a surpris un reptile, à moins que ce ne soit l'inverse. Résultat : quatre points sanguinolents sur le dessus du pied, puisqu'elle circulait en tongs alors que nous avions tous des baskets. 

Grosse baisse dans le moral, l'agresseur a disparu, donc impossible de l'identifier. Ce peut être une couleuvre ou une vipère à cornes, à la dangerosité éprouvée. A tout hasard, nous fîmes une injection sous cutanée à proximité de la morsure, comme recommandé dans le mode d'emploi, et direction le dispensaire de Foum Zguid au plus vite ! 

Finalement, aucune aggravation de l'état ne se produisit, et nous arrivâmes à Foum Zguid sans problèmes. 

Interview de la population, chance l'infirmier du dispensaire était là. Il nous confirma que vu le temps le reptile n'était pas venimeux. A titre de précaution, il nous confia une dose de sérum anti vipère à cornes à peine périmé, mais c'était mieux que rien de toutes façons. Nous le remerciâmes chaleureusement de nous donner ce qu'il avait, c'est à dire pas grand chose, mais de bon coeur. Nous serions aussi bien soignés que les habitants du douar. 

L'esprit un peu plus léger, nous repartîmes vers Tata. Arrêt à Tissint pour voir les gamins se baigner dans la cascade, puis nous décidâmes de piquer plein sud vers le Dra. 

Nous découvrîmes alors la folie agricole qui régnait le long de ce fleuve pourtant à sec. Lors de l'hiver, les crues font apparaître de l'eau sur ses berges. Camions et tracteurs débarquent alors pour labourer ces terrains humides, les maaders, et on y sème des céréales. L'humidité est suffisante, le soleil abondant et vers pâques on peut faire la récolte. Tout est alors ramené vers les gros villages (Akka, Tata, Tissint, Foum Zguid, Assa, Foum el Hassane..) pour être commercialisé. 

Nous étions pile dans la saison de moisson, nous croisions nombre de camions Bedford rouges chargés de récoltes, de matériel, d'ouvriers agricoles. Tout ce désert vivait intensément. 

Evidemment, en suivant la piste des camions, nous constatâmes qu'elle traversait l'oued Dra. Et nous l'empruntâmes donc allègrement, pour nous retrouver rive gauche, c'est à dire en Algérie. Quand on sait les difficultés occasionnées par la traversée de la frontière algéro-marocaine, toujours fermée de nos jours, on mesure l'importance de ce symbole. Même si nous sommes soigneusement restés sur la piste, parce qu'il pouvait toujours y avoir de plaisantins qui semaient des mines à côté, les quelques kilomètres ainsi parcourus nous grisèrent.  

Nous cessâmes cependant rapidement la plaisanterie, ne souhaitant pas expérimenter quelques mois de détention à Tindouf, dont le climat estival risquait de nous amollir très sérieusement. Nous retraversâmes sagement l'oued, et continuâmes à divaguer dans les maader. La Hammada du Dra, de toutes façons, était cachée par le djebel Ouarkziz, pendant algérien du djebel Bani, le lit du Dra se faufilant entre ces deux chaînes montagneuses. 

Emportés par le romantisme, nous tombâmes sur une construction, ancien poste militaire apparemment, en ruines. Personne aux alentours, nous décidâmes d'en faire notre étape d'un soir. Nous repérâmes une chambre en étage de la tour qui avait l'air de résister. Une couverture aux fenêtres, un bout de chiffon dans une boîte de conserves avec un fond d'huile de vidange et voilà une lampe à huile (ça fume un peu noir). Nous nous préparâmes pour une nuit dans le Fort Saganne du coin, en face du désert des tartares.  

Pendant les préparatifs, Jacques alla se balader avec le talkie walkie pour voir comment cela marchait. Il s'amusa à se faire passer pour un certain commandant Saïd, auquel je me gardai de répondre à tout hasard pour ne pas voir débarquer les FAR (Forces Armées Royales), avant d'être couvert par une radio espagnole émettant avec une puissance assez extraordinaire. Cela devait être un poste militaire du Rio de Oro, à 200 km de là quand même. Nos appareils fonctionnaient en ondes courtes, et devaient avoir une portée intéressante encore que pas forcément conforme aux réglementations nationales. 

Jacques se prit quand même un savon au retour, parce que ce sont des plaisanteries douteuses, et qu'il y a des jours où il vaut mieux ne pas jouer avec les autorités militaires chatouilleuses sur le plan de la sécurité intérieure. 

Après un solide repas dans notre palais improvisé, nous ne fûmes pas dérangés et passâmes une nuit somme toute confortable. Ce fut pour une fois l'habitude et non le lever de soleil qui nous tira du lit. 

Nous repartîmes vers le nord, afin de rejoindre la piste qui nous amènerait vers Akka. Toujours à l'affût d'une nouvelle aventure, nous remarquâmes partant sur la gauche une piste assez ancienne faite de deux traces parallèles qui partaient vers un réseau de collines globalement ouest, direction que nous devions prendre plus haut. 

Un coup de volant, et ce fut parti vers l'ouest, la piste serpentant quelque peu entre les rares cailloux du reg. Tout à coup, Michel, mon frère, qui conduisait à ce moment là, pila net ! Devant nous, les traces que nous suivions depuis plusieurs kilomètres passaient chacune d'un côté d'un petit acacia gommier, fièrement planté au milieu ! L'arbre ayant quand même une hauteur de deux mètres, il ne datait pas d'hier ! Nous conclûmes donc que, suite à on ne sait quel phénomène pédologique, les traces d'un véhicule passé il y a fort longtemps (20 à 40 ans) étaient celles que nous suivions. 

La surprise et la photo passées, demi tour ! 

Lors de ce voyage, nous adoptions de plus en plus un comportement de touristes. Nous connaissions tellement bien le pays que nous nous y trouvions comme dans notre jardin, nous maîtrisions tellement les règles de conduite sur piste, de réflexion dans les décisions, que finalement nous nous autorisions en toute connaissance de cause un certain nombre de fantaisies. 

Ce voyage là, la fantaisie vint du fait que nous finissions par tous nous retrouver sur le toit de la jeep, laissant le chauffeur en bas écouter le moteur tourner. Depuis le toit, on voyageait en souplesse et avec une vision totalement panoramique. Sel problème : le soleil, problème réglé par chapeau ou casquette (Jacques avait même adopté un Tee Shirt qui faisait office de chèche) et une consommation intense de crème Nivéa pour les peux sèches, que nous achetions au prix de gros chez nos amis Lachèze, un peu la seconde maison de mon frère à Marrakech. La poussière s'accumulait néanmoins, et nous ressemblions de plus en plus à des blédards couverts de poussière, mais cela faisait partie du charme de la balade. 

Arrivés à Assa, nous estimâmes qu'il était trop tôt pour rentrer sur Marrakech, et nous décidâmes de tirer plein sud vers le coin entre le Sahara espagnol et l'Algérie, à savoir le poste de Zag. 

Nous connaissions le début de l'itinéraire et décidâmes de nous arrêter pour la nuit dans le lit du Dra. La tente montée, la nuit vint vite et avec elle des ombres mystérieuses qui se mirent à bouger autour  de nous, avec des froissements suspects. Les deux copines furent bien vite mal à l'aise, malaise qu'avec Michel nous amplifiâmes quelque peu en nous déclarant incapables d'identifier les animaux ; chacals ? Il n'y a pourtant plus de fauves au Maroc... Quoique sommes nous encore au Maroc, cet Oued Dra ne recèlerait-il pas des secrets insoupçonnés ? 

Nous finîmes par identifier de paisibles dromadaires qui paissaient les buissons verts autour de nous. 

Le lendemain, passage au poste de contrôle de Touizgui Remz, puis plein sud vers Zag. Un piste sans problème, jusqu'au poste qui était fermé entre midi et quatorze heures, heures de bureau obligent. Nous promîmes de revenir à 14 heures, et allâmes faire un tour au souk. 

Surprise, le camion était passé récemment, et il y avait du beurre et de la kesra fraîche. Nous avons donc dévalisé l'épicier et nous sommes allés pique niquer un peu plus loin, sous trois palmiers. Pain-beurre boîte de sardines vache qui rit et orange plus tard, le temps de tailler une bavette avec un chamelier, nous voilà devant le poste qui nous délivra le sauf-conduit pour Mseied.  

L'officier nous demanda, comme cela se faisait souvent, si nous pouvions charger un militaire qui attendait un camion pour partir en permission, mais nous répondîmes par la négative, car nous voulions rouler à notre guise. 

Finalement, en expliquant que nous allions mettre deux jours pour rallier Mseied, l'intéressé renonça à un moyen de transport aussi lent. 

Nous repartîmes donc vers l'ouest, en direction de Tan Tan. Pris par la monotonie du trajet, nous élaborâmes alors un autre projet, celui d'aller visiter la Plage Blanche et de rejoindre Goulimine par la côte et le sud de l'enclave d'Ifni. 

Nous décidâmes de rouler jusqu'à Tan Tan, puis de ravitailler en produits de première nécessité (des cigarettes détaxées essentiellement) avant de repartir.  

Nous passâmes le poste de Mseied complètement endormi, à minuit et à une heure du matin nous dressâmes la tente de nuit un peu avant Tan Tan. 

Grasse matinée jusqu'à neuf heures, shopping, et ce fut reparti jusqu'au gué sur le Dra, qui, bizarrement, était toujours en eau alors que le Dra que nous avons traversé vers Tata ou Touizgui Remz était complètement à sec.

Juste après, nous quittâmes la route goudronnée en direction de l'embouchure du Dra sur la mer, Foum el Oued Dra.  

De là, en longeant la côte sur le plateau, nous arrivâmes au fort d'Aoreora, qui marquait la limite sud de la plage blanche.  

Un petit salut courtois aux militaires, et nous repartîmes au Nord. Mais la piste s'éloigna de la côte, et ce qui nous intéressait c'était la plage. Au pied du fort d'Aoreora, un oued ensablé entaille le plateau. C'est un obstacle à franchir avant d'atteindre la Plage Blanche. 

Un peu plus en amont, nous trouvâmes que la pente pour atteindre le lit de cet oued asséché était raisonnable pour une Land-Rover, et Michel engagea le véhicule dans la descente, les passagers suivant à pieds. Sans problème, le véhicule arriva en bas de la pente. Tout le monde remonta à bord et nous repartîmes jusqu'au bord de l'eau. La plage blanche s'ouvrait devant nous, vaste étendue de sable fin et très clair qui rompait avec cette côte dans l'ensemble plutôt rocailleuse. 

Nous entreprîmes de rouler sur le sable vers le nord, à la recherche d'un chemin qui déboucherait sur la plage et nous permettrait de remonter sur le plateau sans trop de difficultés.

Le problème, c'était que la mer montait. Les premiers kilomètres se firent sur un sable humide et bien tassé, mais nous évitions de rouler dans l'eau salée pour ne pas de transformer le châssis de la Land en dentelle de rouille. 

Progressivement repoussée vers le sable sec, moins porteur, par la marée montante, la Land s'enlisa. Malgré l'usage de la la vitesse démultipliée, elle s'obstinait à creuser le sable sans en sortir. Dans ces conditions, la première chose est de ne pas insister. Nous trouvâmes des bois de flottage assez larges pour en faire usage de plaques de désensablement.  

Le véhicule sortit de son ornière, s'immobilisa quelques mètres plus loin sur un sol plus ferme.  

Nous décidâmes de conserver ces planches qui pourraient s'avérer encore utiles. Effectivement, quelques mètres plus loin, re plantage. Re planches, mais nous restâmes en dehors du véhicule pour l'alléger.  

Finalement, la progression continuant, Jacques décida de courir devant la Land pour tester le sable. Il nous indiqua ainsi des zones plus fermes, et se planta aussi une ou deux fois, mais nous avancions. 

Après avoir parcouru 5 km environ, notre carte indiquait qu'il devait y avoir un chemin qui quittait la plage.  

Nous repérâmes un muret de pierres, annonciateur de présence humaine, et un chemin praticable derrière. 

C'était le point qui nous permettrait de quitter la plage. Cap vers le passage, et arrêt car le mur en pierres sèches ne permettait pas à la Land-Rover de passer. Nous utilisâmes une dernière fois les planches pour le franchir, sous l'oeil intéressé d'un indigène qui venait de surgir d'on ne sait où. Poliment, nous lui demandâmes si les planches dont nous pensions ne plus avoir besoin l'intéressaient. A peine avait-il répondu par l'affirmative qu'il manqua d'être assommé par quatre planches jetées du toit et qui atterrirent à ses pieds. 

Revenus sur le plateau, nous retrouvâmes une zone désertique, et suivîmes gentiment la piste. Michel était toutefois assez soucieux car il entendait un bruit suspect au niveau de la suspension avant droite. 

En examinant d'un peu plus près le train avant, nous constatâmes que la lame de ressort reposait directement sur le châssis. La bride arrière s'était rompue, et seule la bride avant rattachait le demi train avant à la carrosserie. La Land-Rover a beau être une voiture qui continue de marcher aux trois quarts détruite, la situation était cependant préoccupante. 

En fouillant dans la caisse à outils, sous le siège avant, nous identifiâmes parmi les pièces un silent bloc et une bride qui pouvaient servir à réparer le tout. Il nous fallut détordre à la main et au marteau, en utilisant un caillou comme enclume, une pièce en U pour lui permettre de passer dans l'axe qui permettrait au ressort d'éviter de reposer sur le chassis. Pour couronner le tout, il fallait fixer le tout avec un écrou de 21, que nous avions, mais nous avions une clé plate de 20 ou 22. Le problème fut résolu avec une pièce de vingt francs marocains dont l'épaisseur fut idéale pour serrer un écrou de 21 avec une clé de 22. 

Cette réparation de fortune tint plusieurs voyages, et je dus me fâcher bien plus tard pour que mon père consente à la faire réparer. 

Cet travail nous prit une bonne partie de l'après-midi, et nous décidâmes de nous arrêter un peu plus loin, à l'embouchure de l'oued Noun. 

Camping au bord de la mer, entre deux dunes et derrière un gros buisson de végétation qui marquait la fin du désert.

Le soir, pâtes à l'eau de mer, c'était toujours cela d'économisé. Sauce tomate Sipa et parmesan pour assaisonner. 

Le lendemain, nous profitâmes de la présence de la mer pour faire une petite trempette Jacques se balada à poil sur la plage, et Anne Marie alla s'isoler derrière les buissons qui parsemaient l'oued. Nous la vîmes revenir blême !

 « J'ai encore rencontré un serpent ! », nous dit-elle.

« Comment le serpent ? « 

« Noir avec une tête plate »

« Un cobra ! Il t'a mordue ? »

« Non »

« Ouf ! Heureusement, parce que celui là on n'a pas le sérum » 

Elle a fini par se laver dans la tente ! Mais on n'avait jamais vu autant de serpents qu'avec elle ! 

Nous reprîmes la piste, ramassâmes au passage un crâne de chameau que nous attachâmes sur le capot de la Land, ressemblant de plus en plus à des touristes furieux. 

Nous dormîmes vers Agadir, et commençâmes de remonter vers Marrakech en suivant la côte. A l'époque, la route rapide Marrakech-Agadir n'avait pas été tracée au travers de la montagne. 

A un croisement de route, nous retrouvons Serge, un copain globe trotter qui, en attendant de descendre sur Dakar, faisait un petit tour du Maroc en stop. Il voyageait avec son seul sac à dos et son kimono de karateka qui lui permettait de gagner quelques sous en donnant des leçons de karaté aïkido sur les souks. Il avait déjà fait plusieurs fois la route jusqu'en Afrique noire en stop, l'Afghanistan aussi, bref un baroudeur, qui avait toujours des histoires extraordinaires à nous raconter. 

Il était éclaté de rire au bord de la route en voyant la Land avec le crâne de chameau sur le capot, Jacques hirsute et barbu qui en descendait... « Je savais que des touristes s'arrêteraient » nous dit-il. Il nous expliqua qu'il se rendait à Essaouira, plus précisément à côté, à Diabat où une communauté hippie s'était constituée et où il comptait passer un ou deux jours avant de rejoindre Marrakech. 

Pour une raison inconnue, alors que Michel allait explorer un coin pour le pique nique du midi, nous nous mîmes à déambuler le long de la route en discutant. Il ne fallut pas longtemps pour qu'un homosexuel juché sur un mini vélo (la mode à l'époque) nous avise et nous invite chez lui. Serge en rajoutait un peu en m'appelant son « ami », en jouant sur l'ambigüité de cette situation, en me mettant le bras autour de l'épaule, et je me sentais un peu mal à l'aise. 

Munis d'une invitation en bonne et due forme pour le soir, et donc débarrassés de l'importun, nous rejoignîmes le groupe où les copines nous charrièrent un peu. 

Nous laissâmes Serge, qui nous rejoignit quelques jours plus tard à Marrakech, mais je gardai de cette nouvelle orientation du tourisme au Maroc un goût amer. Comment pouvait-on venir dans un pays étranger et en ignorer autant la culture, emportant ses habitudes de vie comme une bulle autour de soi ? 

angelou

 

Jacques Angelou et Michel sur le balcon de l'appartement. Jacques habitait au 9, 4ème étage, nous au 13,
 
Voila, nous arrivons à la fin de cet article. J'espère qu'il vous plaira et surtout je compte sur vous pour donner quelques renseignements à nos nouveaux amis et amies....
Comme j'ai commencé par l'anniversaire de Bernard je vous propose, pour conclure de partager ce poème que Patricia m'a également envoyé et dont le sujet est VIEILLIR. Pourquoi se le cacher, nous y arrivons tous, plus ou moins vite, plus ou moins bien, mais nous y arrivons.
Vieillir en beauté, c'est vieillir avec son cœur,
Sans remords, sans regret, sans regarder l'heure
Aller de l'avant, arrêter d'avoir peur
Car, à chaque âge, se rattache un bonheur.
Vieillir en beauté, c'est vieillir avec son corps
Le garder sain en dedans, beau en dehors.
Ne jamais abdiquer devant un effort
L'âge n'a rien à voir avec la mort.   
Vieillir en beauté, c'est donner un coup de pouce
à ceux qui se sentent perdus dans la brousse,
Qui ne croient plus que la vie peut être douce
Et qu'il y a toujours quelqu'un à la rescousse.
Vieillir en beauté, c'est vieillir positivement.
Ne pas pleurer sur ses souvenirs d'antan.
Être fier d'avoir les cheveux blancs,
Car, pour être heureux, on a encore le temps.
Vieillir en beauté, c'est vieillir avec amour,
Savoir donner sans rien attendre en retour
Car, où que l'on soit, à l'aube du jour,
Il y a quelqu'un à qui dire bonjour.
Vieillir en beauté, c'est vieillir avec espoir
être content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-recevoir,
Se dire qu'au fond, ce n'est qu'un au revoir.
Patricia ne me dit pas si elle en est l'auteur, mais ce qui est certain c'est qu'il nous concernent, nous, les marrakchis de la génération Baby Boom....Je l'en remercie chaleureusement
Alors bonne lecture et à vos commentaires..
Votre Toujours MICHEL

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08 février 2014

Le retour de Jacques et MAN ANA 12

 

Bonjour à vous chers bloggeurs, comme je vous le disais la semaine dernière, l'envie de reprendre le fil du blog m'est revenue... Tant mieux pour nous tous.

Bien sûr je vais me répéter, mais sans sous il est difficile de faire vivre un blog qui se veut être celui des souvenirs de nos jeunes années et celui aussi des pèlerinages dans notre belle ville de Marrakech. Il faut donc que vous participiez à sa rédaction en m'envoyant des anecdotes oubliés ou des photos retrouvées.

Je veux avoir une pensée à tous ceux de nos amis qui vivent dans des régions françaises touchées par les intempéries actuelles...Alain et betty à la pointe de la Bretagne m'ont fait parvenir quelques photos que je vais vous montrer.

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Les bordelais, les toulousains, les landais, ont également de gros problèmes  avec des pluies ininterrompues et des débordements de rivières...En fait nous, à l'Est, avons encore de la chance. Il ne fait pas froid et nous n'avons eu QUE de la pluie...Les sols sont transformés en éponge et mon surnom sera bientôt BOB plutôt que MIMI.....mais pas d'inondations prévues. Il faut dire aussi que la Sarre est bien entretenue et que des murs de protections ont été construits il y a déjà quelques années et qu'ils sont entretenus régulièrement....

La dernière inondation en 1993.

 

Il a ensuite été monté  un mur de protection avec des portes amovibles qui protége la ville basse qui n'a plus été inodée depuis...

Souhaitons que ces vagues de nuages et de pluies cessent d'envahir l'Europe de l'Ouest et que les saisons reprennent leurs cours habituels.

Si vous avez fait des photos des inodations dont vous avez été victimes, je pourrait les éditer dans un prochain article....

Et pendant ce temps la....(Gilbert Bécaud) voila  ce que je trouve pour "Quel temps fait il à MARRAKECH?

 

Alors il est maintenant temps (encore) de laisser la parole à Jacques qui pourra ainsi continuer à nous enchanter avec la fin de son MAN ANA...

Les commentaires sont le moteur qui fait fonctionner les blogs, n'en soyez pas avare..

Bonne fin de semaine, sportive peut être pour ceux qui regarderons le Tournoi des 6 Nations ou les JO de SOTCHI.

A l'occasion de ces JO je voudrais vous montrer ce ci. Les autorités russes doivent penser que les sportifs des autres pays ne savent peut être pas se servir des toilettes car elles y ont apposé des pictogrammes très parlant...

Attention il est interdit de pêcher dans les cuvettes...

sotchi

 

Votre toujours MICHEL

 

 

Second voyage à Tarfaya

 

 

En 1965, nous avions vécu le voyage à Tarfaya comme une aventure, et nous avions découvert aussi un pays d'une exceptionnelle richesse archéologique.

 

Il fut donc décidé avec les Letan d'y retourner, et d'y procéder à une fouille méthodique d'un carré de plage où nous avions repéré nombre de foyers et de sites de taille de silex à même le sol, de même que des ossements de baleine. L'idée étant que la baleine était peut-être contemporaine des foyers, et qu'une tribu s'était arrêtée un certain temps à cet endroit pour profiter d'une bonne quantité de viande.

 

L'organisation commençait à être notre fort, aussi décidâmes nous de partir avec la jeep et un combi Volkswagen dont les neuf places permettaient un transport de bagages et de passagers conséquent. Trois Beyris dans la Jeep, trois Letan plus deux coopérants intéressés par la préhistoire dans le combi, et nous voilà partis !

 

Depuis notre première expédition, le goudron avait poussé. Le Maroc faisait des efforts conséquents d'infrastructure sur cette région, et la route était asphaltée jusqu'à Tan-Tan plage !

 

Nous arrivâmes assez facilement à ce premier campement, et nous campâmes à quelques encablures de la route, sur un plateau désertique battu par le vent marin, qui souffle ici avec une constance remarquable. On n'est pas loin des alizés, à cet endroit, et si le vent n'est pas très chaud en été ou en hiver, il est bien établi sur un secteur Nord-Est.

 

Le second jour nous vit longer cette côte rocheuse que nous découvrions, parsemée de campements de pêcheurs qui remontaient force bars depuis le haut de la falaise d'une vingtaine de mètres, ou descendaient le long de celle-ci sur des échelles de corde et bois plus que vétustes pour aller chasser en bas les pieds-de-biche, ces mollusques cirripèdes fixés au rocher dont les espagnols sont particulièrement friands. Mis en viviers, les animaux étaient collectés par les camions qui faisaient la navette jusqu'à Agadir d'où ils repartaient vers leur destination finale.

 

Au fait de cette industrie, nous avions prévu dans les bagages dès la première expédition une canne à pêche avec un peu de fils et quelques leurres, qui avaient en tout cas fait rire les poissons à défaut de leur faire peur.

Il fallait un matériel de pro, et nous verrions plus tard comment il fallait s'y prendre !

 

La route quitta la côte et revint vers l'intérieur, le premier obstacle étant l'Oued Chebika qui nous avait valu tant de déboires lors de la première expédition, avec son camion planté au milieu de la rampe de sortie du gué.

 

Mis à part que cette année, il avait plu et donc qu'il fallait à tout prix éviter de sortir de la piste sous peine de se retrouver enlisé jusqu'aux moyeux dans la terre argileuse du fond de l'Oued, sèche et craquelée en surface et bien glaiseuse et humide dessous.

 

Cette formalité réglée, nous décidâmes au sortir de l'oued de faire un peu de prospection préhistorique.

 

Quittant la piste, nous nous trouvâmes sur un vaste plateau calcaire semé de massifs d'euphorbes résinifères, ces cactus qui visent à ras du sol et forment des coussins denses sur lesquels on peut marcher. Leurs épines cèdent alors et il en coule un latex blanc extrêmement urticant, caractéristique de ces euphorbiacées.

Après avoir convenu que l'intérêt archéologique de la zone était modeste, nous décidâmes de rejoindre la piste par un « tout droit ».

 

Cap plein est, nous devions la rejoindre rapidement. Le combi devant car pourvu d'une meilleure visibilité, la land derrière contrôlant le cap, nous vîmes assez rapidement que la trajectoire s'incurvait trop vers le sud, dans la mesure où l'on évitait de monter sur les massifs d'euphorbes, susceptibles de crever les pneus. Après un certain temps, halte ! Un petit coup d'oeil sur la carte nous rappela que la côte et la piste sont franchement orientées est à cet endroit là, et donc qu'en faisant plein est, on est parallèle à la piste, et en tirant vers le Sud on file vers Tindouf. Papa, matheux, nous rappela opportunément que le propre des parallèles est de ne pas se rencontrer, et qu'il fallait réagir rapidement. Décision stratégique : arrêter de finasser, demi-tour, et recherche de la piste en remontant nos traces.

 

Quelques minutes plus tard, la piste est en vue. Papa poussa un gros soupir de soulagement, et nous livra sa conclusion, qui est encore et toujours mienne : « Rappelez-vous bien, les enfants ! Il faut savoir faire demi-tour à temps ! ».

 

La navigation reprit. Passées les dunes dont l'origine était la lagune de Puerto Cansado, nous attaquâmes la partie ingrate, le plateau de plaques de roche vaguement poussés sur le côté afin de ménager une piste dessus. Quelques plaques de sable de ci de là adoucissaient le passage, mais le combi négocia cela avec aisance.

 

Enfin la piste quitta le plateau pour descendre sur la plage. Nous étions arrivés.

 

Le convoi s'arrêta, et nous nous retrouvâmes sur la plage, seuls devant l'océan. Un vague tas de sable surmonté d'un espar et d'une bouée en liège témoignait d'on ne sait quel évènement. Au Nord, les bateaux en perdition s échouaient sur une côte rocheuse, peu propice à leur conservation.

 

Ici, une vaste plage de sable jonchée de débris s'offrait à notre vue.

 

Les débris qui nous intéressaient étaient là : des traces de foyer néolithiques, à même le sol, comme si on les avait laissés il y avait une dizaine de jours.

 

Nous choisîmes de planter la tente en dehors d'une zone bien pourvue en foyers. Ce fut le premier bivouac sur cette plage battue par les vents de l'Atlantique.

 

Le lendemain, au travail ! Il s'agissait de tracer un carré de 100 m², soit dix mètres au carré. La difficulté fut de tracer un carré et non un quadrilatère quelconque, aussi l'explication de la géométrie égyptienne par le paternel fut-elle précieuse. En traçant un triangle dont les côtés étaient de 3, 4 et 5 m, vous obtenez un triangle rectangle, pourvu donc d'un angle droit.

 

Après quelques ajustements, nous disposâmes d'un espace entièrement carroyé en petits morceaux de 1 mètre sur 1 mètre. Nous entreprîmes alors de relever la position de tous les débris : cailloux taillés, morceaux de poterie, coquillages et os et surtout coquilles d'oeuf d'autruche, la plupart décorées, qui servaient de récipients à l'époque.

 

Les os furent identifiés comme étant ceux d'une baleine, dont un magnifique os occipital pourvu de son trou du même nom où passait la moelle épinière, et quelques vertèbres.

 

La fouille du tumulus de sable ne donna rien.

 

Dans ce lieu loin de tout, quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver un homme seul, un pêcheur, un peu simple d'esprit semblait-il, qui vint discuter avec nous quelques minutes avant de s'éloigner sur la plage. En fin de journée, il vint nous montrer le résultat de son activité : il avait capturé dans les trous de rocher un poulpe et une... murène. Avec comme seule arme un gourdin.

 

Notre matériel archéologique soigneusement étiqueté et emballé, nous levâmes le camp pour rentrer sur Tan Tan et Marrakech.

 

Nous décidâmes d'emprunter la piste de l'intérieur, qui évitait l'oued Chebika qui décidément nous laissait de mauvais souvenirs.

 

Ces expéditions en plein air se déroulaient certes dans le désert, mais la température était parfois assez fraîche. A l'intérieur des terres, certaines zones en altitude nous valaient des petits matins au froid piquant.

Sur la côte, c'était le vent qui était le problème, soufflant sans cesse et maintenant une température assez fraîche ; nous étions encore trop au nord pour que la douceur tropicale se manifeste.

 

Cette année-là Madame Letan contracta une double congestion pulmonaire, qui fut diagnostiquée à notre retour à Marrakech. Elle toussait à fendre l'âme et elle tenait quand même à assurer les tâches ménagères de vaisselle, Maman n'ayant pas été des nôtres en raison de sa santé. Un soir, elle rentra dans sa tente après que M. Letan soit allé se coucher, et elle fut accueillie par un « C'est à cette heure là qu'on rentre ? » sonore qui fit rire tout le campement. Où aurait-elle bien pu aller, en plein désert ?

 

Ce fut la seule fois où nous avions vraiment eu quelqu'un de malade lors de nos expéditions.

 

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