Eh bien nous y voici. Jean Yves est rentré de Marrakech et comme nous le lui avions demandé, il y est allé et nous a ramené un bel article et des photos de:

La cité Fouque, cette ruelle si discrète que l’on passe devant elle sans l’apercevoir, croyant à un jardin ombragé,  sert de passage « secret » entre les rues de Yougoslavie et de Mohamed El Beqal. Un rideau d’arbustes pourrait facilement la dissimuler aux passants. Mais d’où vient son nom ? S’agit-il de l’abbé FOUQUE, marseillais ?

Charmante petite rue ombragée de mûriers, bordée de chaque côté de maisonnettes basses alignées sans discontinuer d’un bout à l’autre, dans un souci d’égalité, formant rempart contre l’extérieur, restée dans l’esprit des années 50, oisive au chaud soleil de midi. 

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A l’entrée, la plaque de rue est fixée au mur rouge décrépi de la petite librairie dont les étagères d’origine, en bois aux couleurs passées supportent des ouvrages démodés depuis des lustres, écornés, souvent feuilletés, poussiéreux, invendables. L’activité y est nulle : le vendeur affalé sur une chaise ne se lève même plus pour le client qui s’y hasarde à la recherche d’un quotidien, il regarde la pile de journaux diminuer faiblement et invite le visiteur à jeter un coup d’œil sur les livres amassés ou à acheter une carte postale décolorée par le soleil.

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L’horlogerie du Jura lui fait suite sur la rue, offrant une vitrine sale où dort un amoncellement de réveils et de montres d’un autre siècle, baptisés Jaz. L’enseigne est délabrée, la boutique est borgne, est-elle jamais ouverte ?

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Juste à l’entrée de la ruelle, à l’ombre bienfaisante d’un arbre tortueux, s’abrite une jolie cabane en bois peinte de vert tendre : la cordonnerie. Celle-ci est bruyante : Rachid donne des coups de marteau sur l’établi en réparant quelque « sbatte » en mauvais état.

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A l’autre extrémité du passage Fouque une épicerie marocaine bénéficiant d’une ombre très rafraîchissante crée l’animation commerciale du quartier.

En face de nous des jeunes trentenaires désoeuvrés, l’air faussement désintéressé mais soupçonneux derrière leurs lunettes noires, vautrés sur leur cyclomoteur surveillent le quartier et nos allers et venues. Des James Dean fondus dans le décor et résonne la chanson de l’époque : « une petite MG et trois compères assis dans la voiture sous un réverbère, une jambe ou deux par-dessus la portière… nouvelle vague ». Alors il faut la jouer fine et ne pas provoquer une réaction de défiance de leur part en attaquant de front l’inspection de la rue.

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A cet instant précis, je suis sauvé par  l’interpellation de Philippe un homme de 45 ou 50 ans, le corps cuivré, le crâne presque chauve, très mince et musculeux, de taille moyenne, me demandant si j’ai besoin d’un renseignement. Il est certainement intrigué par ma présence et mes motivations touristiques dans un tel lieu. Est-ce un marocain ou un européen ? Difficile à dire tant il semble intégré à la vie locale et à ses mœurs, mais il parle le français à la perfection. Le prénom de Philippe n’est pas une garantie de son origine judéo-chrétienne.

Je lui fais un petit numéro sentimental en lui expliquant chercher la cité Fouque pour des amis y ayant résidé autrefois, et qui n’arrivent pas à la chasser de leur mémoire. Alors il a une réaction très chaleureuse, … et très volubile, racontant qu’il réside là dans le premier logement depuis 47 ans, qu’il travaille à Marrakech dans une société équivalant à notre EDF, que les habitants de la rue ne paient plus leur loyer depuis 25 ans, partis en justice contre ils ne savent qui puisque le propriétaire a changé, que les promoteurs rôdent. Bref il me raconte un tas de choses, tout en étant pressé d’aller déjeuner, en étant appelé par un de ses voisins marocains, … mais en me proposant son aide si besoin est. Donc je retiens le message et le personnage pour une prochaine expérience éventuelle.

De ce fait, en compagnie de ma femme, et avec une certaine discrétion, je traverse entièrement la cité Fouque dans les deux sens, tout en prenant quelques photos à la sauvette pour ne pas gâcher l’occasion, sans être dérangé.

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L’heure de midi est idéale, tout le monde est cantonné chez soi, au repas et surtout au frais. On entend le bruit de la vaisselle dans la cuisine, le frissonnement des cuissons, des conversations animées filtrant au travers des moustiquaires masquant les fenêtres ouvertes. Les habitants de la cité doivent penser que seuls les touristes sont assez fous pour braver les rayons de l’ « astre flamboyant ».

Il me sera toujours possible de revenir une autre fois après avoir bien repéré les lieux et pris contact avec le fameux Philippe, qui semble jouir d’un rôle privilégié dans la cité.

L’anecdote citée par lui est que madame GRUYERE, ancienne propriétaire des logements de la cité (tous ou certains ?), surnommée FARINA à cause de son maquillage très farineux (je m’en souviens parfaitement, et la vois fréquenter le restaurant REX, disparu maintenant au profit d’une banque, en face du café de la Renaissance), a cessé de venir collecter ses loyers à une certaine période et s’est vue dans l’obligation de vendre sa luxueuse maison de Marrakech avant de décéder dans la misère, il y a bien longtemps. Depuis tout est resté dans l’abandon juridique, et certains habitants de la rue font des transformations intérieures et extérieures de leur logement sans autorisation quelconque. Ceci n’empêche pas que les promoteurs s’affairent dans la coulisse, peut-être … et même sans doute.

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En face de la cité Fouque on retrouve le bâtiment à deux niveaux baptisé pompeusement « Koutoubia » en ruine totale parce que vendu à un marocain qui l’a laissé à l’abandon ; et depuis la ruine est décharnée, ouvertures béantes, vidée de ses équipements, sans doute squattée, incendiée, … Cet immeuble modeste mériterait une belle rénovation tant il a du caractère avec ses zelliges en façade. Allez ! On lance une souscription pour retaper cité Fouque et « Koutoubia » et je veux bien remplacer madame GRUYERE. Rassurez vous je suis « à moitié honnête » et vous verrez quelques sous en retour de temps à autre, à moins que vous ne veniez sur place chercher vos dividendes.

La rue de Yougoslavie, dans cette portion est très sale, encombrée de détritus dans le caniveau et sert de rangement des poubelles réglementaires au carrefour. Heureusement la partie située plus loin vers le carrefour Négociants-Renaissance est beaucoup plus agréable.

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Mais persiste l’esprit du quartier de mélange des populations, à deux doigts du centre ville, pas loin de la boulangerie et de la pâtisserie Mirgon.

Curieusement la rue Mohamed El Beqal, à l’opposé, est beaucoup plus propre, mais bordée d’immeubles neufs, sans doute gagnés sur des anciennes demeures abattues.

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On se croirait à l’époque où les frères Arthaud découvraient le Maroc…

Ais je quelques choses à ajouter, si ce n'est  " MERCI JEAN-YVES" Oui merci bien de ce texte plein de soleil et de finesse qui fais revivre `plusieurs d' entre nous un vrai moment de jeunesse. Rafaela, Evelyne, Monque et Alain, Nicole aussi certainement ainsi que les autres Marrakchamis vont déguster ces photos et voudront certainement en voir d'autres de cette qualité.

Merci aussi mon cher Jean Yves d'être passé par le blog pour nous ravir ainsi. C'est la preuve que nous pouvons tous à notre niveau faire plaisir aux plus grand nombre.

Je vais finir ici pour appuyer rapidement sur la touche ENVOI et vous permettre ainsi de vous replonger dans NOTRE passé.

Bises et amités marrakchies de votre MICHEL