18 février 2013

Carnaval à SERRIG et MAN ANA 5

Bonsoir mes amis lecteurs, voila je suis de retour. De toute façon je ne peux pas vous abandonner, puisqu'il y a encore des tas de pages du récit de Jacques à vous éditer.
Mais avant je voulais vous signaler que nous avons eu à la suite du dernier article, deux demandes d'aide.

Une provenant de Geneviève qui recherchait (je le mets au passé, car grâce à Marcel la recherche a déjà abouti) son amie d'enfance Réjane et l'autre de Pierre de Chancel qui après avoir lu un article de 2009 a découvert qu'il avait peut être une nièce qu'il ne connaît pas. Pierre habite encore à Marrakech, mais il est né à Safi. Pour l'aider j'ai transmis sa demande à Michel2M qui semble avoir les renseignements nécessaires pour satisfaire Pierre.
Notre Blog a donc encore une fois bien rempli sa fonction... Merci à ceux qui ont répondu à ma demande d'aide, même s'ils n'avaient pas connu Réjane ou Pierre.

Sinon.... En Allemagne, comme partout ou l'on fête Carnaval, nous avons eu notre défilé à Serrig. Bien sur, c'est un petit village et le défilé n'a rien à voir avec celui de Cologne, de Dusseldorf ou de Mayence, qui dure deux heure et sont long de plusieurs kilomètres.

Nous n'avons eu que 17 groupes, fanfares, chars et groupes à pieds, mais l'ambiance était là et le public aussi. Je vais vous montrer quelques photos prises cet après midi du Mardi gras

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La rue se rempli des villageois

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La fanfare ouvre le défilé

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Les premiers groupes à pieds se présentent, lançant des friandises aux enfants.

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Ma voisine

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puis quelques chars

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La garde royale

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Les Bisounours

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Un groupe de femmes qui dansent

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Les Vieux dansent aussi

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Puis le Roi s'approche

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Pour saluer la foule de ses sujets.

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Quand les grenouilles se transforment....

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en Princesse

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Mon voisin dirige le groupe des "Beaux gosses"

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entouré de ses danseuses

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Voila la garde Princière

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qui ouvre la route au couple princier du Village de Serrig

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Ils sont suivi par les membres féminins de sa Garde

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Une mignonne petite participante au défilé qui donne des bonbons aux autres enfants...

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Vers la fin du défilé, les jeunes Princesse et Prince de cette année.

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Ca y est, le défilé se termine, les spectateurs se regroupent autours des braseros, près des stands de saucisses et de bière et se réchauffent en buvant des boissons chaudes...

Maintenant je vais terminer l'article d'aujourd'hui sur une note plus grise, plus triste et que je n'aurais jamais voulu faire paraître... Je vous laisse seuls juges....

arnaques149

Place à Jacques et à la suite de son récit....

Le bac, ce fut en juin 1968. Et avant, il y eut le mois de mai ! 

Mai 1968 ! Pour beaucoup, ce sont des images de barricades et de charges de CRS, images en noir et blanc d’un Paris que nous ne connaissions que peu. 

Pour nous, adolescents exilés à Marrakech, élèves de terminale, la tourmente parut bien lointaine. La prise de conscience politique du lycéen de terminale au Lycée Victor Hugo était toute relative, et ce décalage nous isolait de la compréhension de ce qui se passait. 

Mon 1968, ce fut avant tout l’année de mon bac.  

Du « père-cent » tout d’abord. 

Pour la première fois, mes parents m'autorisèrent à sortir pour assister à cette soirée. Jusqu'alors, cela avait été un long combat, dans le style « pas avant 17 ans » (pourquoi 17 ?) ou « passe ton bac d'abord ». Avec une exception notable à la soirée du foyer du Lycée Victor Hugo, l'année précédente. Mais là, c'était du sérieux, c'était en Médina, et cela durerait toute la nuit... ou presque. Rite initiatique incontournable du lycéen des années soixante.  

Le père cent fut organisé cette année-là dans un Riad, grâce à Jamal Stitou, élève de terminale C au Lycée Vitor Hugo, me semble-t-il.

Francis Vanoverschelde, copain de classe, avait son permis de conduire et il se proposa d'emmener une fournée de jeunes dans la voiture paternelle, une Fiat 1800. 

Arrivés place Djemaa el fna, un service impeccable fit que nous fûmes identifiés immédiatement par un jeune enfant qui nous servit de guide jusqu'à un mur chaulé dans lequel s'ouvrait une porte en bois clouté. Celle-ci franchie, une petite cour d'entrée et deux portes plus tard, nous nous retrouvions dans un vaste patio, bordé de salons marocains avec banquettes et tables basses destinées à nous recevoir pour le repas. 

La soirée était animée par un orchestre dont la plupart des membres fréquentaient le Lycée dont me semble-t-il Albert Benhamou. Je ne leur connaissais pas ce talent. Peu à peu, le salon se remplit et j'eus la surprise d'identifier notre professeur de dessin Stéphane Magnard et un moniteur de l'Aéro-Club. 

Les musiques de l'époque défilèrent tout au long de la soirée, et la pause de l'orchestre fut occupée par Kherbane qui nous joua quelques morceaux de son répertoire. Une soirée sage, somme toute, même si le piment de la nouveauté et le décalage du rock en Médina en accentuaient l'étrangeté. 

Puis nous parvint de France le bruit d’une agitation croissante. Les échos nous en parvenaient par les ondes de France-Inter, que nous captions tant bien que mal la nuit tombée sur le poste de radio Telefunken, qui attaquait gaillardement sa huitième année de bons et loyaux services, son « œil magique » vert clignotant au rythme du fading des grandes ondes. Les ratés dans l’arrivée des journaux (en fait la censure), nous en avions l’habitude. Mais les journaux ne revinrent pas, puis enfin la radio se tut. La grève générale atteignit tous les média. Plus de nouvelles de France, « le petit marocain » donnait quelques nouvelles de l’international en page 3 ou 4, les une et deux étant réservées aux cérémonies de réception des dignitaires par Sa Majesté le Roi. 

Je me souviens avoir un jour ramené triomphalement de chez Chatr (le libraire successeur de Martin, Avenue Mohammed V, ou était-ce encore Martin ?), un numéro de TIMES MAGAZINE qui faisait un point sur les « évènements », la « french revolution »…

World: FRANCE ENRAGEE: The Spreading Revolt

times

Couverture ajouté par l'animateur du Blog. cad moi même

Je crois que ce jour là mon père m’a traité de « petit con » parce que ce que j’avais compris était assez proche de la réalité, mais pas trop, et surtout très éloigné de ce qu’il aurait aimé qu’il se passe et que je comprenne , sans que j’aie jamais pu savoir s’il regrettait un passé de communiste révolutionnaire, s’il critiquait les idées de révolution irréaliste des mao-spontex et autres trotskystes, ou si des années de « Paris Match » et « France Inter » n’avaient eu de l’influence sur notre perception de ce qui se passait en métropole… 

Ce dont je me souviens surtout, en cette période charnière de ma vie parce qu’elle devait marquer le départ de Marrakech pour aller faire mes études à Bordeaux, c’est de la désorganisation complète des examens, et donc du bac, qui s’est traduite par une disjonction des épreuves pour les « marocains » et les « européens ».  

Les premiers passeraient un examen écrit, traditionnel, les autres un examen uniquement oral à Rabat. La séparation d’avec nos camarades de classe, qui faisaient partie de notre quotidien, fut brutale, radicale, et bien souvent définitive. Après le bac, tous dispersés dans les universités, je ne devais plus revoir la majorité de ceux qui avaient été mes compagnons d’études pendant sept ans. 

Nous fûmes donc libérés de l’obligation de suivre les cours (il y avait aussi un peu de flou chez les enseignants) et commençâmes à potasser le bac entre nous.  

Entre voisins, nous avions naturellement opéré des regroupements stratégiques et des alliances objectives, et nous voilà avec Jacques Angelou (9 Rue Lamure, 4ème étage) occupés à réviser dans la touffeur du mois de juin, où dès 11 heures du matin, les fenêtres fermées permettaient de ne pas trop dépasser les 27 ° dans l’appartement. (Son frère Marc, qui passait aussi le bac, révisait avec quelques copines me semble-t-il – mais il y a prescription). Comme, chez lui, il y avait un climatiseur (rarissime en 1968), nous « bossions » au frais dans sa chambre et dans son salon.  

Il y a eu, je ne sais, une quinzaine de jours je crois, de bûchage intégral. Rythme d’enfer, matières par demi-journées, quelques cours de maths rapides avec mon paternel, dont je faisais le désespoir parce que j’étais scientifique mais pas matheux.  

Il y eut cependant l’intermède des week-end. Cette année là, nous avons dû aller une ou deux fois à Souira Kedima. Une vingtaine de kilomètres au sud de Safi, à l’embouchure du Tensift, le vieux fort portugais marquait toujours la fin de la côte rocheuse et le début d’une anse de sable doré. Quelques rochers au large protégeaient un peu de la houle. Ce petit coin agréable était cependant en train de se transformer. Avec l’arrivée du complexe chimique de Safi, une nouvelle végétation apparaissait, des concrétions calcaires envahissaient les rochers et les moules sauvages provoquaient de des incidents gastriques fâcheux. La pollution sauvage était en marche. J’espère que depuis des mesures ont été prises pour y mettre fin.  

Il n’y avait pas encore le camping, ni même les résidences qui sont en train d’y être construites. Pour nous, il s’agissait de dormir une fois de plus sur la plage, sous la tente bleue qui avait déjà fait le sud marocain en long et en large, de Mogador à Tarfaya et de Foum el Oued Dra à Erfoud. Le vent y était frais, mais interdiction de rester trop longtemps au soleil, pour ne pas attraper un des ces effroyables coups de soleil marocains. 

Finalement, le bac serait organisé de façon orale à Rabat, à 350 km de Marrakech quand même !

Une solution d’hébergement avait été trouvée chez des amis des Angelou : nous mettrions la caravane de la famille Angelou dans le jardin.  

Départ donc en voiture, la caravane à essieu rigide suivant tant bien que mal et ayant tendance à vouloir passer devant la voiture dès 60 km/h, après quelques balancements. 

Marc, le frère aîné de Jacques, possédait et le permis de conduire et la dextérité nécessaires pour manipuler l’attelage. Expédition, à l’époque et par ces températures, il s’agissait de partir tôt pour arriver vers Settat avant la montée de la chaleur, et surtout éviter de four de la plaine de Benguerir.  

Arrivés enfin à Rabat, au frais, nous allâmes faire une reconnaissance, afin de ne rien laisser au hasard. Nous dormîmes mal, et ce ne fut pas à cause de la chaleur, mais de l'énervement. 

Puis ce fut le grand matin, la montée à l’assaut de la colline au sommet de laquelle se trouvait le lycée Descartes.  

Le hasard des listes alphabétiques faisait que nous passions tous le même jour, mais dans trois jurys différents. Je me rappelle seulement que nous en avons profité pour proposer fort civilement à deux jeunes (blondes et charmantes, bien sûr) lycéennes Rbatias de les emmener là-haut, et que la conversation pour détendre l’atmosphère a été :

- Vous allez passer le bac ?

- Oui.

- C’est la première fois ?

- « Oui » rougissant de la plus blonde.

- « Ben moi, c’est la dernière » ai-je fanfaronné.

Cela a détendu l’atmosphère qui en avait bien besoin. 

En fin de journée, éreintés d’être passés par les interrogatoires sourcilleux en anglais, mathématiques, français, physique, sciences naturelles, nous avons tous été reçus. Sauf qu’à Rabat, cette année là, le taux de réussite fut très loin des 80% métropolitains, et plus près de 50 %. Mais je n’ai jamais pu le vérifier.  

Coup de téléphone à Marrakech, où le fait que nous soyons tous reçus a résonné dans l’immeuble pendant toute la soirée. Joie des parents, qui s’étaient mis dans la tête qu’il y aurait bien un collé et que la joie des uns serait ternie par le souci des autres. Eh bien non ! La totale. Le petit nuage ! 

Le lendemain, remis de nos émotions, nous sommes repartis vers Marrakech dans l’Opel break remorquant la caravane. A chaque départ en roulis, un coup de frein énergique domptait la bête et évitait certainement de se retrouver couchés sur le flanc sur la route… 

Evidemment, à 60 km/h, en plein après-midi et tractant la caravane vers Marrakech, on a atteint plusieurs fois la zone rouge du thermomètre de la voiture, d’où arrêt en rase campagne pour laisser « refroidir ».

On en profitait pour griller une cigarette, essayer de capter une musique américaine sur l’auto radio de la voiture, regardant passer un camion… Mais nous étions bien seuls. De nos jours, entre air conditionné, GPS et téléphone portable, en ne peut qu'imaginer ce qu’était la route à l’époque. Benguerir et les Djebilet franchis, nous eûmes la Koutoubia en vue, dans la poussière du traditionnel coup de vent du soir. 

Ce fut le pont sur le Tensift, la palmeraie, puis enfin l’avenue de Casablanca à 40 km/h, le rond-point du consulat, et nous prîmes à droite la route de La Targa.

Juste avant le petit marché, à l’abri de trois faux poivriers, le parking de l’immeuble, à l'ombre, nous accueillit…

Le reste devient flou, car au frais du climatiseur, une ou deux bouteilles de « Mumm » cordon rouge importé par la valise diplomatique (Madame Angelou travaillait au Consulat) ont été descendues par les héros du jour, leurs frères et sœurs et leurs parents. Jacques Angelou répétait à sa mère : « tu vois, maman, tu l’as eu mon bac ! », mon frère faisait la gueule, il n’avait eu que son brevet, ma mère trouvait que je « regardais drôle » Dominique, la sœur de Jacques et Marc, mon père n’en revenait pas...

On s’est tous pris un bon coup dans le nez, on rigolait de tout...  

La vie d’étudiant commençait, il faudrait quitter les copains et les copines en septembre ou octobre, on ne savait pas tant la situation était encore confuse. 

C’est en septembre, avant de partir faire mes études à Bordeaux, que des cousines et nièces de coopérants en visite à Marrakech m’ont initié à la politique, amené à approfondir la libération sexuelle et autres choses qui allaient vraiment prendre de l’importance dans le futur.  

Ensuite, ce fut l’avion, le saut dans le froid, les 250 élèves de première année de fac de biologie (on n’a jamais vu cela, mon cher, où allons-nous ?).

Mon mai 68 à moi, je l’ai fait en novembre 68, quand j’ai dû apprendre à décrypter les affiches caricaturant les CRS, critiquer le pouvoir gaullien qui avait vacillé, rencontrer des mandarins… Tout un vocabulaire dont le séjour à l’étranger nous avait privé.

Mrimina avec Letan

 C'est en novembre 1968 que reprirent les cours à la fac de Bordeaux. Il avait fallu attendre la fin des examens dont première et seconde session s'étaient déroulées en septembre, et le temps de tout corriger nous étions début novembre. 

Etant parti si tard, je ne devais pas revenir à Marrakech avant pâques suivant, et passai Noël chez nos amis Testemale au fin fond de la Dordogne, dans une ferme où, entre enfants et amis, nous étions une bonne quinzaine de jeunes. Noël sous les tisons, car nous vécûmes une vague de froid mémorable avec chute de neige, gel de toutes les mares et canaux alentour, et blocage des routes par le verglas.

Les palmiers marrakchis étaient très loin ! 

C'est à Noël suivant que notre programme de voyages dans le sud reprit.

Ayant été initiés à la préhistoire par notre ami M. Letan, nous avions découvert à Mrimima un site de gravures rupestres très important. Il est vraisemblable qu'il avait échappé aux inventeurs car utilisant une roche peu propice a priori à recevoir des gravures. Au lieu des grès rosés fins que nous avions vus vers Akka et Tata, qui donnaient lieu à des représentations de type saharien, stylisées, la facture était ici piquetée sur des roches dures et très magnétiques, des gabbros.

Il convenait d'en faire un relevé scientifique exhaustif, un corpus comme on dit dans l'archéologie.

Cela prendrait bien deux ou trois jours, et il fut décidé que l'intervalle entre Noël et le 31 décembre serait utilisé à cette fin. 

Maman était malade, aussi Papa ne pouvait-il pas se déplacer. Par contre, mon frère et moi étions disponibles, et cela nous changerait les idées plutôt que de rester à Marrakech à tourner en rond. 

Il fut donc convenu que M. Podevin viendrait avec nous. Il pourrait conduire la jeep aussi bien que moi, en tout cas sur le goudron. Cela faisait belle lurette que Michel, mon frère (et moi-même, avant de passer le permis), conduisions sur piste. Mais, même (et surtout) au Maroc, il valait mieux avoir le permis sur route goudronnée.

Mon permis français, tout neuf, m'armait peu pour négocier les 100 km de virages du Tichka, aussi Papa préférait-il que nous soyions accompagnés par un adulte. 

Pour des raisons de timing, les Letan venant de Casablanca et partant un jour plus tard avec l'ID, nous partîmes avec la Land en premier. Le point de rendez-vous était à Mrimima, dans l'oued derrière les collines. Nous avions déjà repéré l'endroit. 

Trajet sans histoire jusqu'à Tazenakht, et à la sortie, au début de la piste vers Foum Zguid, l'inévitable oued qui sortait d'une première crue. La Land-Rover se joua de l'obstacle, et nous parvînmes à Foum Zguid sans encombre.

Nous fîmes le plein d'essence au souk, chez l'épicier que Stéphane Magnard avait fini par surnommer « Dimitri », par analogie avec un autre commerçant célèbre dans la région. Le vrai Dimitri était une de ces figures comme le sud marocain connaissait. Grec de nationalité, il avait réussi à créer un petit commerce d'épicerie, puis à fournir tout ce qui était possible à la communauté européenne aux alentours de Ouarzazate. Il avait bien réussi, et dès que l'on voulait quelque chose que l'on ne trouvait pas dans les souks, un tour à l'épicerie de Dimitri permettait de le trouver. Un peu comme le Senhor Oliveira da Figueira de Tintin dans « Les cigares du pharaon », il avait de tout, et il aurait pu tout nous vendre.

Par similitude, le petit épicier de Foum Zguid avait reçu le nom de « Dimitri de Foum Zguid », ce qui le faisait bien rigoler. 

Les pleins refaits, nous repartîmes vers Mrimima, à une quarantaine de kilomètres au Sud Ouest de Foum Zguid, quittâmes la piste en direction d'un petit col dans la crête rocheuse noire et atteignîmes le lieu prévu pour le bivouac, un lit d'oued asséché semé de quelques tamaris que nous apprécierions quelques années plus tard. 

La tente fut bientôt montée, et nos amis Letan se firent attendre. Bon, nous supposions qu'ils avaient été retardés par l'oued que nous avions franchi le matin même et qui, contrairement à son habitude, coulait. 

La nuit se passa sans problème, et nous résolûmes d'attendre le lendemain midi pour prendre une décision. La matinée se passa à repérer les principaux sites de gravure par une exploration extensive de la crête, son balisage tous les cent mètres avec des cairns pour servir de repère, et nous pûmes retrouver la plupart des oeuvres remarquables. 

C'est en fin d'après-midi qu'un nuage de poussière caractéristique nous signala l'arrivée de l'ID bleu ciel. Ils avaient effectivement été bloqués par l'oued, et dû attendre une décrue et le passage de deux ou trois véhicules poussés à bras pour éviter de noyer le moteur avant de pouvoir traverser. 

Leur tente dressée, Madame Letan insista pour que nous prenions le repas sous leur tente, alors qu'un vent assez fort soufflait dans le lit de l'oued.

Après le repas, nous discutions tranquillement en écoutant les rafales du vent du sud faire battre la toile de tente et nous expliquions aux Letan que Papa nous avait raconté que dans les Pyrénées il avait essuyé des vents d'orage fort violents avec sa tente canadienne, et que c'étaient alors les mâts qui pliaient.

Une bourrasque plus violente que les autres illustra à cet instant précis notre propos : la mât ploya et nous nous retrouvâmes empêtrés dans la toile qui flottait sous le vent. 

M. Letan était ingénieur dans les mines, et possédait tout un tas d'accessoires étranges qui lui permirent de réparer tout cela rapidement : un autre tube d'aluminium, une clé auto bloquante, quelques tours de « scotch 33 », cet adhésif isolant électrique qui servait à peu près à tout en production industrielle, de l'isolation des fils électriques à la réparation des fuites d'eau, et le tour fut joué. Ceci confirma l'extraordinaire résistance des tentes modernes à quatre pans, comme celle que nous utilisions depuis plusieurs années.

Le lendemain, nous nous mîmes au relevé archéologique, photographiant chaque gravure avec une indication de l'orientation, et reportant la référence sur une carte en papier millimétré. Cette technique peut faire sourire les « vrais » archéologues, ceux qui faisaient des relevés sur papier calque et pour lesquels la difficulté était d'épouser la rotondité de la roche, mais en un jour et demi, nous eûmes terminé ce travail d'inventaire et rentrâmes sur Marrakech. 

De très mauvaises surprises nous y attendraient.

Posté par micheldupre à 21:29 - Commentaires [9] - Permalien [#]